Gil Scott-Heron

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Gil Scott-Heron
Vivre avec Gil Scott-Heron ne devait pas être facile. Le lire n’en est que plus jouissif.

 

Nombreux sont les bluesmen qui brulèrent leur vie, et Gil Scott-Heron en est un.  Car il faut être un roc pour rester de marbre quand on chante la privation des libertés fondamentales, les injustices sociales ou les souffrances humaines.

 

Mais il n’est pas question de déchéance ni d’addiction dans La dernière fête. On a tellement parlé des démons de Gil Scott-Heron, emporté seulement quelques mois avant Amy Winehouse, que c’est un soulagement, et presque une surprise.
Ecrits entre 1990 et2010, ces fragments mémoriels brassent plusieurs aspects de sa vie. Ils commencent avant lui, dans la ramification désordonnée de ses origines. Au divorce de ses parents, le petit Gil Scott-Heron est confié à sa grand-mère.
A Jackson, Tennessee, où la ségrégation sévit encore, cette petite femme sérieuse et déterminée n’est pas du genre à se laisser faire. Adolescent, confronté aux équipes pédagogiques des établissements blancs où il est bouriser, Gil saura s’en souvenir. Ce même culot – ou cette insoumission, c’est selon – l’aideront à publier Le Vautour, son premier roman, puis Small Talk, son premier disque.

 

La littérature et la musique semblent toujours faire corps chez l’inventeur du spoken word : La dernière fête est ponctuée de longs poèmes, et sa carrière musicale a ouvert la voie aux hip-hop.

Si elles éclairent certains aspects de sa carrière, ces mémoires relèvent aussi du document historique. De sa naissance en 1949 à sa tournée avec Stevie Wonder pour la proclamation d’un jour ferié en l’honneur de Martin Luther King, la vie de Gil Scott-Heron embrasse 40 ans de lutte pour les droits civiques afro-américains.

Partout où il va, « l’homme au message » fait l’expérience de la discrimination. Elle commence dans le Sud des Etats-Unis de son enfance, continue dans les ghettos noirs du Bronx, s’insinue dans son cursus scolaire et ricoche dans ses morceaux. Mais elle ne suffira pas à entamer pas sa disposition naturelle à user de sa liberté, et à faire de cette liberté l’égale de celle des autres, à savoir des blancs.

L’homme derrière le message

 

Mais ce n’est pas une victime qui écrit La dernière fête, et c’est là tout l’intérêt du livre. Il y a un naturel déconcertant dans ces mémoires de « guérilla musicale ». Il y a aussi quelques anecdotes émouvantes en forme d’aphorismes sur l’amitié et  la confiance :

« ce qu’il nous faut, c’est un soutien qui dépasse la compréhension (…) Notre seul espoir de faire perdurer la solidarité au-delà de la compréhension, c’est la confiance. Tous ceux qui déclarent nous aimer savent qu’ils ne peuvent comprendre tout ce dont nous avons besoin, c’est là que la confiance est nécessaire pour nous mener au bout du chemin ».

Ou comme ce coup de pouce du père d’un ami qui l’aidera à publier son premier livre, en souvenir d’un autre homme, qui avait su l’aider au moment opportun :  

 

 


Si un jour vous avez l’occasion d’aider quelqu’un à démarrer, faites-le pour moi et passez-lui le mot.


 

On peut imaginer que la vie cabossée de Gil Scott-Heron n’a pas épargné ses proches : « je ne suis franchement pas sûr de savoir à quel point je suis capable d’amour », confie-t-il à ses enfants dans un dernier chapitre. Avec pudeur mais précision, il rend un hommage émouvant aux femmes de sa vie : sa grand-mère, sa mère et les mères de ses enfants, « qui furent bien mieux sans moi. »

 Si La dernière fête ne justifie rien, elle a peut-être, à certains égards, consolé quelques blessures.

 

 

 


Photo : ©Salomé Kiner

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