Françoise Sagan

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Françoise Sagan
Il y a 60 ans paraissait le plus joli titre de l’histoire de la littérature française, "Bonjour Tristesse".

On aura tout dit sur Françoise Sagan, et surtout ce qu’elle voulait taire. Ses excès – l’alcool, la drogue, la vitesse et le jeu. Ses scandales financiers. Ses opinions, trop pâles au goût des autres. Ses addictions, outrancières. Sa mort, qui n’a pas eu le faste de sa vie.



L'éternel marronnier

On aura tout dit, et tout vu – les biopics et les téléfilms, les adaptations médiocres et les documentaires tapageurs.

Mais les vaches à lait sont rares dans le monde tuméfié de l’édition. Aussi, Françoise Sagan nous revient-elle régulièrement dans les habits neufs de l’hommage ou des rééditions.

Je ne renie rien n’est ni l’un ni l’autre, mais un florilège d’interviews tirées d’une centaine de titres, de l’Information médicale de Montréal à Telerama. Ils couvrent 40 ans d’entretiens, de la parution de Bonjour Tristesse, en 1954, à la fin de sa carrière littéraire, en 1992.

L’idée est généreuse, dommage qu’elle soit bâclée. Les dates, le contexte, les auteurs : tout est passé au blender thématique pour ressortir, lustré, dans les atours d’une longue et naturelle conversation : on peut faire du neuf avec du vieux, à condition de respecter le matériau.

On ne saura donc pas ce qui, de la forme ou du fond, fait l’intérêt de ce livre. Il a,  comme celle qui le « signe », les qualités de ses défauts : bourgeois(e), mais élégant(e). Léger(e), mais charmant(e). Excessive parce que désenchantée.



L'élégance du désespoir

Françoise Sagan était tout cela à la fois. Née 50 ans plus tard et aux Etats-Unis, elle aurait pu faire partie, avec Lindsay Lohan et Britney Spears, du Mickey Mouse Club.

Comme pour les drogues ou le téléphone portable, la célébrité, lorsqu’elle touche des cerveaux en formation, peut provoquer des lésions. Quand la fortune tombe sur la tête de Françoise Sagan, elle n’a que 19 ans. Elle gâtera à la fois sa vie privée et sa vie artistique : sans la contrainte, pas de travail. Et sans travail, pas de génie…

Mais Françoise Sagan avait du talent, et c’est déjà beaucoup. Une certaine grâce désabusée, qui enveloppe sa vie et son œuvre d’un même verbe élégant.

C’est ce sens du risque qui s’ignore lui-même. La vitesse, les dépenses et les drogues, so what ? « Seuls les excès me reposent, intellectuels et physiques,  » dit la brindille grillée par le soleil de Saint-Tropez.

C'est cet art du roman qui ne prétend pas autre chose que les histoires qu’il raconte. Françoise Sagan, qui ne chérit rien tant que la beauté du mot « balcon », « persienne » ou « mélancolie », serait quelque part à mi-chemin entre le roman de gare et Marcel Proust… Et Dieu sait que la route est longue.

Cette nonchalance des nantis, qui lui fit écrire elle-même son épitaphe : « Sagan, Françoise. Fit son apparition en 1954, avec un mince roman, Bonjour tristesse, qui fut un scandale mondial. Sa disparition, après une vie et une œuvre également agréables et bâclées, ne fut un scandale que pour elle-même. »


 


 

Photo : Salomé Kiner

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