Ferguson, ville de France ?

le Reportage de la Rédaction Lundi 25 août 2014

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Ferguson, ville de France ?
Le 9 août 2014, à Ferguson. Michael Brown, jeune homme à la peau noire, est tué d'au moins six balles par un policier blanc. La suite ? Dix jours d'émeutes et de tensions raciales dans cette banlieue de Saint-Louis (Missouri). Le drame aurait-il pu se produire en France ? Selon certaines associations, la réponse est clairement oui.

Il serait mort les mains en l'air. Peut-être après avoir dérobé une boîte de cigares. Le policier aurait agit en "légitime défense". À moins que ce ne soit un acte de "racisme".

Plus de deux semaines après le drame, seule la justice devrait pouvoir rétablir les circonstances précises de la mort de Michael Brown, à Ferguson. Sa famille l'espère. La population noire de cette banlieue américaine s'est mobilisée pour ça, chaque soir de ces 15 derniers jours. Quant au policier qui a tiré sur le jeune Noir, lui a simplement été placé en "congé forcé".

 

De telles violences policières, de tels dérapages de la part des forces de l'ordre pourraient-ils avoir lieu en France ? Du côté des syndicats de la police française, la réponse est non. "L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) ouvre une enquête publique à chaque coup de feu", assure Christophe Crépin, de l'UNSA-Police.

Un problème américain... et français

Ce n'est pas franchement l'avis de Louis-Georges Tin, le président du CRAN. Lui assure que les boeuf-carotte manquent d'indépendance. Et ajoute que de nombreuses affaires impliquant les forces de l'ordre ne sont jamais jugées."On aurait tort de croire que c'est un problème uniquement américain. C'est aussi un problème français."

 

Du racisme chez les policiers français ? Leurs responsables s'en défendent. Même si les dérives existent. En juin dernier, des policiers du Val-de-Marne ont eu la bonne idée de se peinturlurer le visage de noir, et de se vêtir à l'africaine. Une soirée "blackface", aux bons vieux relents de racisme, sur laquelle l'IGPN a du ouvrir une enquête.

Christophe Crépin, qui représente l'UNSA-Police, assure pourtant que la police française est diversifiée, et suffisamment représentative de la population pour éviter ce type de problèmes. Difficile à confirmer : il n'existe pas de données chiffrées publiques sur le sujet.

 

Hommage à Michael Brown. CC Elvert Barnes (Flickr)

 

À Ferguson, en revanche, on connaît les chiffres. Une population noire à 67%, et seulement 3 policiers blancs sur 59. Autre donnée ? 92% des arrestations qui ont lieu dans cette ville concernent des résidents noirs. Stigmatisation ethnique ?

#iftheygunnedmedown

Peu après la mort de Michael Brown, des citoyens américains "non-blancs" ont lancé sur Twitter ce hashtag : #iftheygunnedmedown, pour interroger l'image qui resterait d'eux après un éventuel face-à-face mortel avec un policier. En France, Sihame Assbague, porte-parole du collectif "Contre le Contrôle au faciès", a traduit la formule. Résultat : #silapolicemetuait, quelle photo de moi la presse publierait-elle ?

 

Car en France aussi, le contrôle au faciès reste une réalité. Les témoignages sont nombreux, explique Sihame Assbague. Dernièrement, le jeune Kilian, 13 ans, se fait contrôler par des policiers, à la sortie de son collège de Seine-St-Denis. Les fonctionnaires lui demandent avec insistance de baisser son pantalon. "Je savais qu'ils n'avaient pas le droit de me contrôler comme ça, pour rien, mais j'ai eu peur", raconte Kilian, qui finit par obtempérer.

 

 

Dans ce contexte, est-ce que ce qui s'est passé à Ferguson pourrait avoir lieu en France ? Sihame Assbague soupire : "ça fait trente ans que cela arrive chez nous !"

 

Il faut d'urgence reconstruire une relation de confiance entre la police et la population, explique la porte-parole du collectif "Contre le Contrôle au faciès". Par exemple en mettant en place un reçu, genre de "procès-verbal", lors de chaque contrôle d'identité. Une promesse de campagne de François Hollande, qui risque de ne jamais voir le jour. Manuel Valls, le Premier ministre, y est opposé.

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Reportage d'Agathe Mahuet

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