Faut-il avoir peur de l'intelligence artificielle ?

L'actualité numérique Lundi 05 mai 2014

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Faut-il avoir peur de l'intelligence artificielle ?
Selon le célèbre physicien Stephen Hawking, "l'intelligence artificielle pourrait être la pire erreur de l'Histoire de l'humanité". Vraiment ?

 

Il a mis une grosse dose de parano dans ses corn flakes : pour le physicien Stephen Hawking, "l'intelligence artificielle pourrait être la pire erreur de l'Histoire de l'humanité". C'est en tout cas ce qu'il affirme dans une tribune pour le quotidien britannique The Independent. A ses yeux, aveuglés par le progrès et l'innovation, nous serions en train d'oublier les garde-fous nécessaires au développement d'une telle technologie :

Aucune loi physique n’empêche d’organiser les particules de telle façon qu’elles puissent effectuer des calculs plus complexes que le cerveau humain [...] On peut imaginer une telle technologie déjouer les marchés financiers, surpasser les chercheurs humains, manipuler les hommes politiques, et développer des armes que nous ne serons même pas en mesure de comprendre. Tandis que l’impact à court terme de l’intelligence artificielle dépend de qui la contrôle, son impact à long terme dépend du fait qu’on puisse seulement la contrôler.


 

> A réécouter : Les robots vont tous nous tuer, et ce sera de notre faute

 

De Skynet à Google

Face à ce ton imprécateur qui n'est pas sans rappeler le Skynet de Terminator, on se dit que Hawking exagère, extrapole, divague même. Aujourd'hui, difficile d'imaginer Siri en train de nous étouffer pendant notre sommeil ou, demain, notre Google Car autonome nous précipiter dans un ravin après avoir verrouillé les portières.

Pourtant, au-delà des projections flippées du scientifique, les faits sont là. Le dénominateur commun entre Industrial Perception, Redwood Robotics, Meka Robotics, Holomni, Boston Dynamics et DeepMind ? Ce sont toutes des entreprises spécialisées dans la robotique ou l'intelligence artificielle. Et ces derniers mois, elles ont toutes été rachetées par Google, pour être intégrées au mystérieux Google X Lab, un complexe secret où des ingénieurs maison tentent de mettre au point les machines intelligentes de demain.


De la SF à Her

En soi, le discours de Stephen Hawking n'est pas nouveau. On l'a lu et entendu mille fois, sous la plume d'auteurs de SF ou dans la bouche de charlatans millénaristes. Alors pourquoi y accorde-t-on plus d'importance - si ce n'est de crédit - maintenant ?

Peut-être parce que l'opinion publique est mûre pour ce débat, alimentée à jet continu par l'actualité et la culture populaire, des avancées de la science à Real Humans. Le succès d'un film comme Her est là pour formuler deux réalités qui s'alimentent mutuellement : primo, tomber amoureux d’une intelligence artificielle, ce n’est déjà plus de la science-fiction (ou du moins, plus complètement) ; deuxio, au cinéma et à la télévision, le mythe des robots destructeurs a fait place à l'imagerie clinique et pastel d'un futur plus proche que jamais. Une façon de dire que Minority Report, c'est déjà de l'histoire ancienne...

A l'image de la loi de Moore, selon laquelle la puissance des ordinateurs double tous les deux ans, notre acculturation à la technologie (dont l'intelligence artificielle) est exponentielle.

A ce rythme, on peut faire un pari : en 2016, Stephen Hawking aura l'air moins fou qu'aujourd'hui.

Olivier Tesquet


 


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Photo Flickr CC NC-BY-ND 2.0 San Diego Shooter

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