Faudra t-il un compte Google+ pour régler sa douche?

L'actualité numérique Vendredi 17 janvier 2014

Réécoute
Faudra t-il un compte Google+ pour régler sa douche?
Même pas ivre, Google a payé 3,2 milliards, deux fois le prix de YouTube, pour racheter Nest, une marque de thermostats et de détecteurs de fumée. Une manière de frapper fort dans un marché d'avenir : la maison connectée. Mais qui a invité Google à tailler une bavette chez nous ?

 

C'est la news qui agite la presse tech américaine: Google vient de racheter pour 3,2 milliards la start-up Nest, un fabricant de thermostats et de détecteurs de fumée. Dit comme ça, on a l’impression que Google a racheté ça.

 

Mais il suffit d’aller sur le site de Nest pour avoir immédiatement envie d’acheter un thermostat et un détecteur de feu pour son studio de 20 mètres carrés ! Les objets Nest ont un design hyper léché, dans la plus stricte orthodoxie Apple.

Et ce n’est pas surprenant : le patron de Nest, Tony Fadell, est un ancien d’Apple, un des plus brillants ingénieurs de la Silicon Valley. C’est lui qui a lancé l’iPod, et il aurait aussi joué un rôle majeur dans la création de l’iPhone.

L'e-démocratie du chauffage

Nest, ce n'est vraiment plus le thermostat de papa qu’on voit dans Téléshopping, c’est la génération d’après, celle des objets connectés, où tout se gère depuis le smartphone.

Il faut goûter comment Tony Fadell parle de son thermostat, et de l’inévitable problème de la petite soeur qui va changer en douce la température de la maison:

Avec Nest, dit-il, il y a une transparence. Dans la famille, vous savez qui change la température, cette information est publique. Et, s'il y a un désaccord, les familles sont obligés d'avoir une discussion.

 

On croirait entendre un discours sur l’open-data, sur la nécessité que les données soient publiques pour une bonne administration de la famille. Nest, c’est l’e-democratie du chauffage !

Google s'ennuie sur Internet

Google n'est clairement pas là pour beurrer les tartines, ou racheter des poêles à bois. Ils ont payé Nest 3,2 milliards de dollars, soit deux fois la somme qu'ils ont aligné pour racheter YouTube en 2006. Le message est limpide: la maison connectée, et plus largement l’Internet des objets, est la nouvelle priorité de Google. 

Google semble avoir fini l'Internet en mode facile, et cherche de nouveaux relais de croissance. Après la voiture, la maison sera le nouveau champ d'expérimentation du géant américain. Faudra t-il bientôt peut-être un compte Google + pour régler la température de sa douche ? Ou rentrer son code Gmail pour allumer son grille-pain connecté ?

Nest est bien plus qu'un fabricant de thermostats : il y a une vraie filiation entre Google et Nest. Si Google sait tout ce qu’on fait en ligne (c’est là-dessus qu’ils ont construit leur modèle de publicité ciblée), Nest sait tout ce qu’on fait à l’intérieur de sa maison. 

Le gentil espion qui vous veut du bien

Le thermostat apprend à nous connaître, à savoir dans quelle pièce on va, à quelle heure, avec quelle température de chauffage. Et ce n’est pas pour vendre des publicités ciblées, c’est pour que la température du thermostat s’adapte exactement à nos besoins.

Nest est, dans la maison, comme Google sur Internet: un gentil espion qui nous veut du bien, qui essaye toujours d’anticiper nos désirs. Mais il ne faut pas s'y tromper, ça reste un espion !

La grande ambition de Google est d’"organiser toute l’information du monde". Avec Nest, Google élargit encore son spectre d’information à organiser.

Google sait déjà qui sont nos amis, sur quel site porno on va, dans quel quartier on vit. Maintenant Google saura à quelle température on se chauffe, combien de personnes composent notre famille, quand est-ce qu’on est ou pas à son domicile, et bientôt, quand le frigo sera aussi connecté, Google saura même ce qu’on mange.

Bref, Google fera partie de la famille. Il y a juste un petit problème : on n'a rien demandé à Google, c'est Google qui s’est invité tout seul ! Ce qui fait dire à Dan Hon dans Wired

Cette acquisition ressemble à une annexion: l'occupation d'un territoire, l'application d'une force irrésistible. Quand un logo Google + ou Yahoo! apparaît dans un de nos services, c'est le stationnement d'une garnison, qui nous rappelle que les nouveaux proprios viennent de débarquer.
 


 

Au fait, quelqu'un a pensé à demander à Google d'enlever ses chaussures avant de rentrer ?

Vincent Glad 

 


 

Toutes les chroniques Suivez le geek

> Abonnez vous aux podcasts : RSS et iTunes

Loïc H. Rechi

Commentaires