Faire de la BD rime avec galérer

le Reportage de la Rédaction Mardi 10 juin 2014

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Faire de la BD rime avec galérer
Les auteurs de BD publient une lettre ouverte mardi pour pouvoir continuer à exercer leur métier dans de bonnes conditions. Aujourd'hui, beaucoup d'auteurs galèrent pour vendre leurs albums.

On a tous rêvé d'être auteurs de BD un jour... Un beau métier, mais un métier peut-être en danger !

Les scénaristes, les coloristes, les dessinateurs de BD publient une lettre ouverte à la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, pour réclamer une concertation sur une réforme à venir de leur système de cotisation. Plus de 700 signatures ont été recueillies avec des têtes d'affiche: Gotlib, Joann Sfar, Pénélope Bagieu, Philippe Geluck.

Depuis quelques années, les ventes de livres sont en baisse. Les auteurs (1500 en France à faire de la bande dessinée) se demandent comment ils vont pouvoir continuer à travailler. Alors même si l'on voit des planches partir à prix d'or aux enchères (plus de 2 500 000 euros pour une planche de Tintin, fin mai), beaucoup d'autres auteurs galèrent pour vendre leurs albums.

Karim Friha, un jeune auteur de bande dessinée, a déjà publié trois albums chez Gallimard Le réveil de Zelphire. La précarité du métier, il connaît, mais c'est une surprise pour personne.

 

Le réveil de Zelphire, par Karim Friha

 

Après on sait aussi dans quoi on s'engage, moi j'ai fait math-éco après le bac, j'ai vite arrêté pour faire de la BD [...] Je serai malheureux si j'avais pas fait ça !  


 

Karim n'arrive pas à vivre de sa passion. Il travaille aussi dans le dessin animé, il fait la couleur ou le story-board sur des projets cinématographiques. Ce qui lui permet de payer les factures. 

 

Les auteurs de bande dessinées cumulent souvent deux ou trois jobs. La plupart d'entre eux ne touchent que l'équivalent d'un SMIC, pour des heures passées à remplir des cases et des bulles. Trois auteurs du "SNAC BD", le syndicat des auteurs, s'inquiètent. Parce qu'en plus de leur situation précaire, leur système de cotisation va bientôt changer. A partir de 2016, ils devront s'acquitter d'une cotisation à taux fixe de 8%.

Pour ceux qui gagnent le SMIC, ça va doubler au moins leur cotisation, (...) mais on leur dit c'est pour votre retraite ! 


Ronan Le Breton, auteur des Contes du Korrigan

 

Les auteurs ne touchent que 8 à 12% de droits, sur les ventes de leurs albums, et les avances sur droits ne sont pas toujours remboursables. Donc c'est tentant de pointer du doigt les maisons d'édition.

Il y a 20 ans, il y avait 500 publications par an. Aujourd'hui, on compte 5000 nouvelles BD chaque année, c'est 10 fois plus ! Alors avec cette petite saturation du marché, les éditeurs sont forcés de sélectionner davantage, d'être plus prudents.

Dans ce contexte là, certains auteurs ont récemment décidé d'arrêter complètement la BD. Comme Bruno Maïorana, le dessinateur de la BD Garulfo, qui a eu un beau succès il y a près de 20 ans. Il y a aussi l'auteur de la Compagnie des Glaces, Pascal Bonifay, qui vient d'annoncer qu'il tirait un trait sur la BD, après 30 ans de carrière !

Bruno Duhamel, auteur de bandes-dessinées par Agathe Mahuet

 

Trouver un autre système, ce serait peut-être la solution. Faire de la BD sur son temps libre comme le fait Bruno Duhamel. Il tire déjà la moitié de ses revenus de la publicité, et il ne voit pas comment faire autrement.

Double discours, on nous dit il va falloir avoir un double boulot et en même temps on nous demande un album par an !! impossible, les éditeurs risquent d'avoir une mauvaise surprise. Continuer, mais sans eux.


 

Tout le monde est d'accord sur un point : si le marché de la BD veut se maintenir, il va falloir l'améliorer, et trouver un partenariat mieux équilibré, entre les auteurs, les éditeurs, et l'ensemble des acteurs du marché du livre.

 


 

Reportage : Agathe Mahuet. Mise en page : Pauline Ben Ali

Photo CC Flickr Théo La Photo

 

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