Et si la vente de drogue en ligne était une bonne chose ?

L'actualité numérique Mardi 03 juin 2014

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Et si la vente de drogue en ligne était une bonne chose ?
Le marché de la drogue en ligne avait explosé du temps de The Silk Road, ce marché noir du Net qui utilisait le réseau Tor pour garantir l'anonymat des utilisateurs. A en croire des universitaires, le site n'aurait pas eu que des méfaits...

Octobre 2013 : après des mois de traque, le FBI mettait la main sur Ross Ulbricht, le créateur de The Silk Road. Parmi tout un tas de possibilités d'activités illégales, cette plateforme permettait notamment d'acheter ou de vendre de la drogue en ligne, pour le plus grand bonheur des toxos du monde entier.

Quant au fonctionnement, imparable, il reposait sur un anonymat total des utilisateurs et des transactions, permises respectivement par l'utilisation du logiciel Tor et le recours au paiment en Bitcoins.

Dans la foulée de l’arrestation d'Ullbricht, le FBI avait fait fermer la plateforme. Dealers et vendeurs avaient alors dû se rabattre sur d'autres alternatives plus ou moins similaires. Or, environ neuf mois plus tard, une étude assez passionnante de deux universitaires vient lever un coin de voile sur des conséquences que l'on avait pas imaginées jusque-là.

De professionnel à professionnel

David Decary-Hetu, un criminologue de l'université de Lausanne et Judith Aldridge une professeure de droit de l'Université de Manchester, en sont arrivés à une conclusion pour le moins étonnante : la pratique du trafic de drogue par une voie numérique permettrait de se soustraire à la violence physique qui est traditionnellement associée à ce type d'activité.

Et pourquoi - se demande problement le lecteur ? Eh bien tout simplement parce que contrairement à un marché traditionnel de la drogue régi par des logiques de gains, de parts de marché, de protection des corners de vente et de résolution de conflits entre différents intermédiaires, la vente en ligne élimine le besoin, voire même la possibilité de recourir à la violence.

 

Pour arriver à leurs conclusions, les deux chercheurs ont commencé par aspirer toutes les données des profils de dealers, juste avant la fermeture de The Silk Road, en septembre 2013. Ils ont alors minutieusement décortiqué tout l'historique de leurs transactions, leurs fréquences et les quantités vendues. Ils ont réalisé que les acheteurs moyens du site n'étaient pas uniquement de simples consommateurs. Beaucoup étaient eux-mêmes des dealers, qui venaient se fournir en quantité.

Ainsi, sur les 20% de transactions les plus importantes, le deal moyen pour du cannabis était compris entre 1000 et 1500 dollars ou 3 500 dollars pour de l'ectasy. Et ce ne sont là que deux exemples. Si l'on résume, et c'est une vraie nouvelle en la matière, The Silk Road était donc un site de professionnels à professionnels.

Que du love, vraiment ?

Ces observations sont bien mignonnes, mais une question reste toutefois en suspens : est-ce que leur thèse sur la chute de la violence tient vraiment la route ? Si l'on part du principe que les violences sont généralement le fait des professionnels envers des professionnels, leur approche tendrait à se confirmer.

Mais le problème avec cette hypothèse, c'est qu'il n'existe pas vraiment de preuves concrètes pour la confirmer, et nos deux chercheurs n'en apportent pas non plus.

Parmi les arguments que l'on pourrait opposer à cette étude, c'est que parmi les charges qui reposent aujourd'hui contre Ross Ulbricht, il y a plusieurs tentatives présumées d'assassinat, dont l'une contre un de ses employés qu'il soupçonnait d'être un indic de la police et l'autre contre un type qui essayait de le faire chanter... Pas exactement « que du love », comme dirait David Guetta.

On conviendra en revanche que les transactions anonymisées sur Internet ne permettent effectivement aucun réglement de compte en direct.

Mais concrétement, l'indicateur le plus fiable dans l'affaire reste encore que le trafic sur Internet ne représente qu'une infime fraction du volume global. Bref, le remake de Scarface avec un Tony Montana défendant son empire de bitcoins avec un logiciel anti-virus, c'est pas encore demain la veille.


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