Episode 1 - "J'ai arrêté mon produit depuis ce matin"

Le Produit Lundi 02 juin 2014

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Episode 1 - "J'ai arrêté mon produit depuis ce matin"
Le Produit est une plongée dans un corps et un esprit aux prises avec l’addiction. L’émotion et les sensations sont décuplées, l’urgence contamine le rythme, la voix, l’écriture. Le Produit est l’adaptation du roman du même nom, paru en septembre 2013 aux éditions du Seuil. C'est son auteur, Kevin Orr, qui signe l'adaptation pour Le Mouv'.

Notre héros une trentaine d'années et une obsession : le Produit. Soit la dépendance absolue, le manque, la nécessité vitale d’arrêter de le consommer. Il part quelque temps à New York chez un couple d’amis, des sortes de parents pour lui depuis l’enfance. Au fur et à mesure des jours, des heures, des minutes, son rapport à la vie se transforme. Pour tenir et se sevrer, un seul moyen : écrire. Ecrire tout le temps. Et dans l’écriture, se libérer.

Notre héros est pris de vertiges au sens propre et figuré. En bas la ville qui vibre, dans sa tête le Produit, omniprésent, auquel il a décidé de s'arracher. A pleines mains et de plain pied, nous voilà saisis par l'urgence qui habite notre héros fragile et ultra-déterminé.

 

 


 

Régulièrement, Jean-Pierre Couteron, psychologue clinicien, exerçant dans un Centres de soins d'accompagnement et de prévention en addictologie, et président de la Fédération Addiction, nous donne sa lecture de l'épisode. 

Ce jour commence avec ce qu’on appelle classiquement « un  pas de côté » : c’est sans conteste la décision que le narrateur prend de se rendre à New-York (on verra dans un autre texte toute la charge symbolique de ce lieu précis), de se déplacer dans un ailleurs dégagé du quotidien qui permet d’enclencher le sevrage dont nous suivrons la dynamique tout au long du récit.

Le déplacement ouvre une brèche qui permet à une idée d’éclore : le narrateur a la force de lutter contre son produit : du « manque extrême et du besoin vital (mais vital !) de CONSOMMER », le narrateur réalise plus tard que quand il a  « débarqué, l’envie avait disparu ».

LE PAS DE COTE  a eu lieu et il a permis de faire prendre conscience au narrateur qu’il l’état de manque extrême peut se dépasser.  Tout l’enjeu étant alors de parvenir à en sortir pour de bon.

La seconde clé découverte par le narrateur dans le processus du sevrage enclenché est l’élaboration de sa motivation.  

L’« approche motivationnelle » (notion trans-théorique utilisée aussi bien par les thérapies analytiques, comportementalistes et systémiques) vise à dédramatiser l’ambivalence qui ne cesse de hanter celui qui désire en finir avec son addiction : « je veux arrêter » vs « je ne veux pas vraiment perdre mon produit »

Ainsi, l’EXERCICE MOTIVATIONNEL auquel se livre le narrateur s’ancre dans un travail d’introspection (« J’ai regardé la vérité en face et me suis avoué que… ») lui permettant d’enraciner sa décision dans un désir authentique de survie : « Sauve-toi ! Je me suis endormi en ayant pris la décision d’en finir avec l’ADDICTION. »

En théorie, l’approche motivationnelle précède le pas de côté.
En pratique, bien souvent ce n’est pas le cas (et ce ne l’est pas pour le narrateur ici non plus ; son départ à New York précédant sa décision d’en finir avec l’addiction) car pour qu’un patient décide de faire un exercice motivationnel avec un thérapeute, il faut bien d’abord qu’il vienne le voir sans forcément avoir encore pleinement en lui la motivation d’un sevrage assumé.   

Une piste pour aller plus loin :
http://www.entretienmotivationnel.org/



 

 

 


 

Auteur : Kevin Orr

Interprète : Denis Eyriey

Son : Jean-André Giannecchini

Réalisation : Olivier Bétard

Photo : Kevin Dooley (creative commons)

 

En partenariat avec le site ActuaLitté


 

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