En Norvège, la "génération Utoeya" relève la tête

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Mercredi 03 septembre 2014

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En Norvège, la "génération Utoeya" se relève
Le 22 juillet 2011, Anders Behring Breivik tuait 69 adolescents à l'université d'été des Jeunes travaillistes sur l'île d'Utoeya, au large d'Oslo. Aujourd'hui, trois rescapés sont devenus députés, d'autres s'engagent à leur manière pour lutter contre le racisme et la violence prônés par le tueur.

 

Il se disait en croisade contre le multiculturalisme et "l'invasion musulmane". Un peu plus de trois ans après l'attentat d'Oslo et le massacre d'Utoeya, Anders Breivik purge une peine de 21 ans de prison, susceptible d'être prolongée s'il reste considéré comme dangereux.

Son acte a durablement marqué la paisible Norvège, qui n'avait pas connu d'attaque si meurtrière depuis la Seconde Guerre mondiale.


Une perte immense également pour le parti Travailliste norvégien, au pouvoir à l'époque. Dans le pays, les politiques ne sont pas formés dans les grandes écoles d'administration, mais grimpent les échelons au sein même des organisations de jeunesse.

Nouveaux visages

Alors que Breivik voulait éliminer cette jeune garde qu'il accusait de faire le lit du multiculturalisme, son geste a eu l'effet inverse : peu après l'attentat, 4.000 jeunes se sont encartés. Les jeunes travaillistes norvégiens comptent 14.000 adhérents (à titre de comparaison, les Jeunes Socialistes français étaient environ 5.000 en 2013).

Parmi les figures de cette génération : Åsmund Aukrust, 29 ans, rescapé d'Utoeya, aujourd'hui devenu député. Il est "en croisade" contre le racisme :

Je défends avec encore plus de force la société multiculturelle. C'est elle qui a été attaquée ce terrible jour. Nous ne pouvons pas vivre dans un pays du tout sécuritaire. Nos policiers ne portent pas d'arme, notre parlement est ouvert à tous et nous ne devons pas abandonner cette valeur d'ouverture à l'autre.


Åsmund Aukrust / CC Flickr Arbeiderpartiert

 

"Il y a un avant et un après Utoeya"

Ces dernières semaines la Norvège a connu plusieurs manifestations de soutien ou d'oppositon à l'intervention israélienne dans la bande de Gaza. Des rassemblements sans débordement, sans violence. Car depuis le drame d'Utoeya, ceux qui s'engagent le font systématiquement dans une veine pacifiste. Rien d'étonnant à cela selon un professeur de sciences politiques de l'Université d'Oslo :

Tous les groupes craignent qu'on leur reproche d'utiliser la violence comme menace de la démocratie et en ce sens, d'être assimilés à Breivik. Le traumatisme est devenu national, il a affecté tout le monde. Il y a la génération avant Utoeya et celle d'après. Comme après une guerre.


Des manifestants pro et anti Israël se font face à Oslo © Rozenn Le Saint


Pour l'anthropologue Thomas Eriksen, détesté par Breivik (qui le cite plusieurs fois dans son manifeste), la tuerie d'Utoeya a engendré une génération de militants, dans un pays traditionnellement peu prompt à s'engager :

La Norvège est un pays chanceux, très riche, sans chômage, l'argent n'est pas un problème. Cela n'aide pas à l'émergence d'un engagement fort. Or parmi les survivants, certains mènent une carrière politique, ils auraient pu choisir la solution de facilité, choisir de ne pas s'impliquer.


 

Engagée, tolérante, pacifiste, cette "génération Utoeya" est bien décidée à faire mentir celui qui, avec sa "lutte contre les élites multiculturalistes" visait un bilan de 45.000 morts et un million de blessés en Europe.

Reportage de Rozenn Le Saint / Edition : Sébastien Sabiron

Photo de couverture : Camp d'été des Jeunes travaillistes, Utoeya, 21 juillet 2011 / CC Flickr
Arbeiderpartiert


 

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