En Inde, une pièce de théâtre brise le tabou du viol

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Mardi 29 avril 2014

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En Inde, une pièce de théâtre brise le tabou du viol
Partant d'un fait divers qui avait choqué tout le pays (le viol et le meurtre d'une étudiante dans un bus en 2012), "Nirbhaya" brise le tabou des violences sexuelles. Une pièce de théâtre acclamée partout ou elle est jouée.

"Nirbhaya", "celle qui n'a pas peur" en hindi. C'est le surnom de cette étudiante suppliciée une nuit de décembre 2012, violée par six brutes dont le conducteur du bus dans lequel elle voyageait dans le sud de Delhi.

A l'époque, le fait divers avait poussé des dizaines de milliers de personnes dans les rues du pays pour protester contre la culture patriarcale, libérant la parole de dizaines de femmes victimes d'agressions sexuelles dont elles souffraient en silence.

La pièce a fait l'objet d'une levée de fonds sur Kickstarter

L'histoire de Nirbhaya est le point de départ de cette pièce de théâtre, montée et produite par Poorna Jagannathan, qui tient le rôle titre. Véritable star à Bollywood, reconnue aux Etats Unis, la comédienne a vu ressurgir de douloureux souvenirs en découvrant le fait divers.

Abusée par un voisin lorsqu'elle avait neuf ans, Poorna a ensuite subi de nombreux attouchements dans les bus et dans la rue.

J'ai grandi dans l'hypocrisie, dans le silence, dans le mensonge. Personne d'autre ne parlait de ces agressions, donc je pensais que cela n'arrivait qu'à moi. Une fois adulte, j'ai appris qu'un enfant sur deux était victime d'attouchement en Inde. C'est une épidémie, mais nous vivons dans un environnement affectée par un code pathologique du silence. Il fallait que cette vérité sorte.


Poorna Jagannathan © William Burdett-Coutts
     

Dans Nirbhaya, les comédiennes racontent les violences sexuelles dont elles ont elles même été victimes. Puissante, sombre, cathartique, la pièce vient d'achever une tournée triomphale en Inde : 11 représentations à guichet fermé, suivies de débats avec les spectateurs, qui témoignent de ce besoin de briser le tabou du viol  :

J'ai étudié en pension et comme j'avais la peau claire, on me considérait très féminin, raconte un spectateur. Des choses sont arrivées... En entendant ces histoires, je déroule le fil de ma vie et beaucoup de ce qui est raconté du point de vue d'une femme ne m'est pas totalement étranger, donc merci d'avoir initié ce processus.


L'une des comédienne a été brûlée par sa belle famille pour une histoire de dot © William Burdett-Coutts

Yael Farber la metteuse en scène n'est pas indienne, mais sud-africaine. Poorna Jagannathan s'est adressée à elle après avoir découvert son travail sur l'Apartheid. Yael Farber espère pouvoir modifier profondément la société à travers son art.

Le but est d'inciter le public à rompre le silence intérieurement pour commencer. La révélation de la vérité est la seule manière de créer une société responsable. C'est un acte très simple, mais qui peut engendrer une révolution.


Nirbhaya © William Burdett-Coutts

Nirbhaya a reçu le prix Amnesty International pour la liberté d'expression.

Reportage de Sébastien Farcis. Mise en page : Sébastien Sabiron. Photos : © William Burdett-Coutts

William Burdett-Coutts
William Burdett-Coutts
William Burdett-Coutts

 

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