En Chine, la désintox à Internet fait fureur

L'actualité numérique Mardi 24 juin 2014

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En Chine, la désintox à Internet fait fureur
Retour sur les centres de désintoxication Internet qui fleurissent en Chine. Des centres où l'on utilise des méthodes pour le moins musclées...


La semaine passée, la presse chinoise révélait le décès de Guo Lingling, une jeune fille de 19 ans, dans la province du Henan, qui était internée dans un centre de désintoxication à Internet.

Dans ce monde où les fausses news sur Internet sont devenues légion, on serait tenté de ponctuer tout cela d'un "MDR", s'il s'était agi par exemple d'une info qu'on aurait reprise sur le Gorafi ou The Onion. Las, il n'en est rien.  

Frappée à coups de pieds

Non, la jeune fille n'est pas morte d'une crise manque de wifi. Après avoir été frappée à coups de pieds et envoyée au sol à de multiples reprises par ses instructeurs, elle a été victime d'une hémorragie cérébrale et de multiples fractures crâniennes qui ont conduit à son décès.

Quant à la raison du courroux qui s'est abattu sur la jeune fille, il a de quoi laisser pantois, puisqu'il n'a rien à voir avec une quelconque tentative de se part de s'offrir un fix de facebook en cachette. Oh non, la malheureuse avait simplement commis l'impair de ne pas demander la permission d'aller aux toilettes.

 

Une réalité répandue en Chine

A en croire le site sinophone ChinaNews qui s'est longuement intéressé à ces abus, la Chine compterait à ce jour environ 300 centres de ce type. Organisés comme des camps de redressement militaires, ils seraient donc supposés aider à guérir les malades d'Internet et du numérique.

Et s'ils ont connu un succès très important au cours de ces cinq dernières années, c'est que les autorités chinoises ont décrété dès 2008 que l'addiction à Internet pouvait être assimilée à un trouble mental, ouvrant donc la voie à ces centres où les instructeurs, selon une terminologie très martiale, sont d'ailleurs souvent d'anciens militaires.

Quant aux patients, ils atterrissent généralement là contre leur volonté, accro aux univers virtuels de leurs jeux de rôle préférés, incapables parfois de décrocher pendant des jours et des jours, entraînant même quelques cas extrêmes de mort d'épuisement.

Soignés à coups de chocs électriques


Effectivement, et c'est la moindre des choses. Suite à ce décès, les langues n'ont pas tardé à se délier, et les autres gamins en cure ont commencé à raconter tous les sévices qu'ils subissaient, pour des histoires de regards malheureux vers un instructeur ou de lit mal fait.

Dans un documentaire sorti sur un centre similaire, on a aussi pu découvrir il y a quelques temps déjà que les malades étaient soignés à coups d'électrodes, de chocs électriques et d’autres charmantes techniques barbares du genre.

 


Quant aux rares mails tolérés vers l'extérieur dans le centre du Henan, ils étaient systématiquement relus par le personnel pour éviter toute plainte. D'ailleurs, quand la mère de la jeune fille est venue récupérer la dépouille de son enfant, les autres patients l'ont assailli de boulettes de papiers avec les numéros de leur famille pour les exhorter à les sortir de là. Ce qui en dit long sur l’ambiance, pas exactement Club Med.

Déjà sept décès


C'est bien ce qui choque le plus dans cette histoire : le recours à ce type de centre est souvent le réflexe ultime de parents désespérés qui ne savent plus quoi faire de leur ados.

Mais au cours des cinq dernières années, au moins une douzaine d'histoires d'abus physiques très violents ont été rendus publiques. Et sur ces douze cas, sept victimes ont tout simplement perdu la vie. En 2009, un jeune garçon avait par exemple été tué moins de huit heures après son arrivée dans un camp censé l'éloigner de son amour pour la machine.

Et puis, à ces cas de violences tierces s'ajoutent aussi celles de gamins qui se blessent en tentant de s'échapper, notamment en sautant de fenêtres plus ou moins hautes… Bref, on nage en plein délire, et réflexion faite, c'est à se demander si les parents ne feraient pas mieux de laisser leur progéniture mourir d'épuisement en jouant à World of Warcraft.

Parce que quitte à mourir pour l’amour extrême du Net, autant que ce soit en faisant un truc agréable.

 


 

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