En 2025, la France sera 3.0 (ou pas)

L'actualité numérique Mardi 20 août 2013

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En 2025, la France sera 3.0 (ou pas)
Cet été, les ministres n'ont pas chômé. A la demande de François Hollande, ils ont dû imaginer la France dans dix ans. Pour un résultat carrément Bisounours, où les membres du gouvernement confient leur amour pour le numérique. Une déclaration pourtant rarement suivie d'effets ...

 

C'est le cahier de vacances dont tout le monde, médias, opposition mais aussi -sous couvert d'anonymat, pas folle- une partie de la majorité, s'est moqué cet été. Dans la perspective de leur séminaire de rentrée qui s'est tenu hier, François Hollande a exigé des différents ministres qu'ils dressent le portrait de la France de 2025.

Projection nécessaire pour les enthousiastes, opération de com' mal dégrossie pour les mauvaises langues, l'exercice a surtout été l'occasion de constater l'amour sans bornes que nourrisent les membres du gouvernement pour le numérique, les technologies de l'information, l'innovation, et autres trucs en "-ique" et en "-ion" qui font si futuristes et si chics.

Manuel Valls confie par exemple rêver d'une France "3.0" (ou, pour mieux le citer, "trois-zéro", référence sans doute à la France qui gagne de 1998). Le ministre de l'Intérieur nous promet des forces de l’ordre hyper high-tech, façon Les Experts mais surtestostéronnés, maitrisant la "biométrie, l’intelligence artificielle", entre autres trucs intelligents.

Le tout, pas uniquement pour fliquer mais aussi, nous dit-il, pour “renforcer le lien de proximité avec la population.”  Un futur à la Minority Report, fait de drones et de scans corporels, qui nous devrait en effet considérablement nous rapprocher des forces de l’ordre. 

 

Il n'est pas le seul à se projeter dans le 3.0, buzzword fourre-tout où chacun pose sa propre vision de l'Internet du futur.

Pêle-mêle, on peut citer aussi Christiane Taubira, la grande rivale de Manuel Valls, qui rêve d’une justice fluidifiée par les nouvelles technologies, ou bien encore Pierre Moscovici, qui lui aussi, rêve d’une France où la paperasse sera releguée au rang de mauvais souvenir, remplacée par la glorieuse révolution numérique.

Et bien sûr, l’immanquable Arnaud Montebourg, qui ne se prive pas d’une petite envolée lyrique dont il a le secret sur les vertus du numérique. En 2025, la France saura selon lui :

être au rendez-vous du prototypage rapide, de la convergence des réseaux sociaux, de l’hyperconnexion des entreprises, des interfaces homme-machine, de la robotique, de la réalité augmentée, du numérique, du cobo-management, de l’impression 3D, de l’intelligence artificielle et du design.


 

Bref plein de mots qui cliquent et qui claquent. Sans qu'une définition exacte, ou bien encore leur mise en application, ne soient définies. Et c'est bien là le problème.

Car au-delà des jolis phrases et des déclarations d'intentions, l'année passée nous démontre que les ministres ne sont pas aussi à l'aise qu'ils le prétendent sur ces fameuses autoroutes de l'information, qui commencent pourtant à dater. En février dernier par exemple, Matignon avait organisé un séminaire intergouvernemental sur le numérique, conviant tous les ministres à imaginer, comme aujourd'hui, des propositions et des perspectives pour la France.

Pour un résultat pas franchement intergouvernemental : les copies ont été rendues en retard et dans la douleur, et Jean-Marc Ayrault s'était retrouvé bien seul lors de son discours. Aucun gros bonnet de son équipe n'avait fait le déplacement : pas de Taubira, pas de Valls, pas de Moscovici ni de Fabius, ni même encore de Peillon ou de Montebourg.

Un désintérêt que l'on retrouve encore plus récement : à la suite des révélations du Guardian sur la surveillance mise en place par la NSA, l'agence de renseignement américaine, sur Internet, la France n'a pas franchement brillé par sa réactivité. Il aura fallu attendre que l'on découvre que les institutions européennes sont elles aussi écoutées (à l'ancienne) par les Etats-Unis pour arracher une déclaration officielle des ministres régaliens. Pas franchement net-friendly.

Dommage, car à force de ne voir dans le numérique qu'une pirouette réthorique, le politique risque fort de se voir abandonner sur le bas côté... de ces fichues autouroutes de l'information.

SONS :

- Thème de Retour vers le futur, parce qu'il faudra bien qu'on y aille un jour

Andréa Fradin

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