En 2020, les statistiques ethniques existent en France

Mouv' Futur (2015-2016) Mardi 17 mars 2015

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En 2020, les statistiques ethniques existent en France
La rédac de Mouv s'est projetée en 2020 dans une France où les statistiques ethniques auraient été mises en place dans les données administratives. Objectif: se donner les moyens d'agir là où la lutte contre les discriminations a jusqu'ici échoué.

Réalité

Fantasme impossible à mettre en oeuvre et dangereux? Ou tabou qu'il faudrait un jour réussir à lever pour mieux lutter contre les disciminations? Le sujet divise la classe politique. On a encore entendu le président de la République et le Premier ministre se positionner sur le sujet ces dernières semaines. François Hollande déclarant que "cela ne servirait à rien". Manuel Valls n'écartant pas cette solution pour mettre fin à l'"appartheid" social et ethnique dont souffre la France. 

La France, à l'inverse des pays anglo-saxons, refuse les politiques ciblées, les quotas ou les statistiques ethniques pour s'assurer que les citoyens sont traités à égalité. La loi interdit la collecte et le traitement de données dites "sensibles", notamment celles relatives à l'origine ou à l'appartenance ethno-raciale. Le Conseil Constitutionnel avait interdit les statistiques à base ethnique en 2007. 

  

Mais contrairement à une idée répandue, il est possible d'obtenir au cas par cas des dérogations de la Cnil (Commission informatique et libertés) pour demander, par exemple, le lieu de naissance des parents, à condition que la question soit pertinente avec le but de la collecte. La grosse enquête Trajectoires et origines, menée en 2008 auprès de 22.000 personnes par l'Ined et l'Insee, a pu donner une mesure de l'intégration en France dans différents secteurs. 

Un dispositif complexe 

Pour de nombreux sociologues et politiques qui réfléchissent à la pertinence de l'introduction de ces données en France, les statistiques ethniques serait "une véritable usine à gaz" s'appuyant sur des "catégories imparfaites". Quels points communs en effet entre un homme noir d'origine malienne vivant dans un quartier populaire en France, et une femme noire elle aussi, mais martiniquaise et de niveau social plus élevé? Les chercheurs savent croiser les données, mais comment les services de l'Etat utiliseraient-ils ces statistiques? "C'est l'utilisation de ces chiffres à des fins pratiques, avec un impact direct sur les individus qui pose question. Et puis ces statistiques reprennent souvent les catégories des dicriminateurs, ça pose problème", note René Levy, chercheur au CNRS, qui a travaillé notamment sur la question des contrôles de police.   

Ecoutez l'interview de René Levy, chercheur au CNRS sur les statistiques ethniques : 

 

  

Fiction

Fin 2015, de nouvelles révoltes secouent les quartiers populaires. Une onde de choc encore plus puissante que celle de 2005 qui oblige le gouvernement à reposer la question des discriminations directes ou indirectes dont souffre une partie de la population et de la jeunesse française. Un grand chantier autour d'une réforme pour l'introduction des statistiques ethniques dans les données administratives est lancé. En 2017, le nouveau système entre en vigueur.

Nous sommes en 2020, trois ans après la mise en place de ces catégories ethniques. Ecoutez le reportage de la rédaction tourné en 2020 : 

 
 
Patrick Simon, directeur de recherche à l'Institut National des Etudes Démographiques a accepté de jouer le jeu et de se projeter en 2020 pour Mouv'. 
  
 

 
Reportage : Claire Chaudière
 
Photo de couverture : copyright Flickr Creative Commons Adrien Leguay
 
Photo haut-parleur : copyright Flickr Creative Commons looking4poetry
 

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