Elle te gêne ma e-clope ?

le Reportage de la Rédaction Mercredi 07 mai 2014

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Elle te gêne ma e-clope ?
La ministre de la Santé Marisol Touraine a annoncé fin avril une loi "autour de l'été" pour interdire la cigarette électronique dans les lieux publics. Selon un sondage Harris Interactive pour l'association des Droits des non fumeurs, 6 français sur 10 sont en faveur d'une telle loi.

 

Quelques jours après l'adoption d'une directive européenne dans ce sens, Marisol Touraine a réaffirmé fin avril sa volonté de présenter d'ici l'été une loi pour interdire la cigarette électronique dans les lieux publics. "Je suis favorable à ce qu'il y ait une interdiction là où il y a beaucoup de monde, là où il y a des enfants, là où il y a des jeunes", a déclaré la ministre de la Santé sur BFM TV.

L'interdiction est déjà en vigueur dans les trains SNCF, les gares, sur le réseau parisien de la RATP et dans les avions. La nouvelle loi concernerait - comme pour la Loi Evin sur le tabac - des "lieux fermés et couverts qui accueillent du public ou constituent un lieu de travail". Cela inclut donc les bars, restaurants, boîtes de nuit, bureaux.

 

 

Selon un sondage Harris Interactive pour l'association Droits des non fumeurs, paru au mois d'avril, 60% des français seraient favorables à une interdiction de la cigarette électronique dans les lieux publics. Parmi eux des gérants d'établissements comme Charlotte, qui tient une brasserie à Paris : "Ici, on ne vapote pas. J'explique à mes clients que je ne suis pas pour. Certains acceptent, d'autres insistent. Je ne me bats pas mais en général, ils comprennent", raconte Charlotte.

Chez les vapoteurs, certains ont pris les devants. Comme lorsqu'elle fumait la cigarette classique, Isabelle vapote toujours à l'extérieur."Il y a des gens que ça dérange, je peux le comprendre. Alors pour éviter des problèmes je ne le fais pas à l'intérieur", explique la jeune femme. Mais pour d'autres, une interdiction serait plus difficile à accepter. "C'est psychologique. Quand les gens voient quelqu'un avec une cigarette électronique, ils sont gênés. Mais il n'y a pas de parfum, pas de goût. Au bout de 5 ou 6 secondes la vapeur s'en va", insiste Annick.

 

Bar à e-cigarettes, à Los Angeles / Cc FlickR AnnieMCL80

 

Des traces de nicotine dans les urines

Chez les partisans de la cigarette électronique, on martèle qu'il n'y aucun effet pour l'entourage. Sauf que pour le professeur Bertrand Dautzenberg, président de l'office français de prévention du tabagisme (OFT), il existe bien un vapotage passif. "On a remis une étude l'an dernier à Marisol Touraine, révélant que quand on respire de la vapeur de cigarette électronique, il y a des traces de nicotine dans nos urines. A priori, ça n'est pas toxique, mais il y a un effet sur notre corps. Et donc il y a un vapotage passif", explique le pneumologue.

Mais s'il y avait effectivement une interdiction, ce ne serait pas tellement au nom de la santé mais au nom de l'exemplarité. Pour les associations de lutte contre le tabac, le vapotage à tout-va risque d'entraîner une banalisation de l'acte de fumer. "Les jeunes peuvent être tentés par l'expérience du vapotage. Or, dans la cigarette électronique il y a, la plupart du temps, de la nicotine, une substance très addictive. Les jeunes pourraient donc ensuite passer à la cigarette classique", selon Gérard Audureau, président de l'association Droits des non fumeurs. C'est cet argument qui a convaincu plusieurs villes d'interdire la e-cigarette dans les lieux publics. Aux Etats-Unis, Los Angeles, San Francisco, Chicago ou encore New York où la loi est passée fin avril.

Les vapoteurs deviennent fumeurs passifs

La principale conséquence c'est que dans les boîtes de nuit ou les bars, les vapoteurs sont cantonnés dans les fumoirs. Et c'est ce qui inquiète Rémi Pérola, coordinateur de la FIVAPE, la fédération interprofessionnelle de la Vape. "Ce sont des anciens fumeurs qui aujourd'hui ne souhaitent pas retourner dans les espaces dédiés à la consommation de tabac. En dehors de l'éventuelle tentation, ils sont gênés par la fumée du tabac. Ils sont tout à fait conscients des risques du tabagisme passif."

En novembre 2013, un Français sur cinq avait déjà testé la cigarette électronique, un business en plein boom. Selon une étude de l'office français de prévention du tabagisme, les ventes des autres traitements pour l'arrêt du tabac (gommes, patchs) ont chuté de 43% entre mars 2013 et mars 2014.


 

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Photo de couverture : Cc Flickr Jezikalyn

Le reportage d'Emma Sarango

 

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