Egypte : quand les civils sont jugés par l'armée

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Mardi 12 novembre 2013

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Egypte : quand les civils sont jugés par l'armée
La nouvelle constitution égyptienne est en cours de rédaction pour remplacer la loi fondamentale mise en place il y a un an par les Frères Musulmans. Les militants des droits de l'homme réclament la suppression des tribunaux militaires pour les civils. Un instrument qui permet à l'armée de garder la main-mise sur le pouvoir.


Vanessa Descouraux a rencontré des civils condamnés par la justice militaire, simplement pour avoir manifesté. Reportage en cliquant ci-dessus.

En 2011 déjà, dans le sillage de la révolution, le Conseil Suprême des Forces Armées accédait à l'une des principales revendications des manifestants : la limitation du recours aux tribunaux militaires pour juger les civils.

Deux ans plus tard, les ONG continuent de dénoncer cette forme d'abus de pouvoir, utilisée selon elles par l'armée pour museler la contestation.

Manifestation au Caire, sept 2013 / DR
 
Sur le papier, seules les affaires de viols, d'agressions de policiers et d'attaques armées relèvent de cette justice d'exception. Mais dans les faits, elle est appliquée beaucoup plus largement.
 
Abdelrrahman, 17 ans aujourd'hui, est le plus jeune égyptien condamné par la justice militaire. Il a écopé d'un an avec sursis pour avoir manifesté il y a deux ans dans les rues du Caire. Arrêté sans ménagement, il a dû répondre aux questions d'un procureur et d'un juge en uniformes.
  
Quand le procureur a su que j'avais quinze ans, il n'a eu aucune réaction. Il a continué à m'interroger, je n'avais pas d'avocat. Il a retenu 13 charges contre moi. Deux mois plus tard, j'étais convoqué devant le tribunal militaire. Quand je disais au juge que l'armée nous avait attaqués, il s'énervait et répondait : "ça ne se passe pas comme ça". Le juge est un militaire, alors forcément, il défend les militaires.

 

Et le cas d'Abdelrrahman n'est pas isolé. Shérif, un ingénieur informatique, a écopé de la même peine à l'issue d'un procès expéditif, simplement pour un différend avec son beau-père colonel. Créée en 2011 après la chute de Moubarak, l'association "Non aux tribunaux militaires pour les civils" a recensé plus de 13 000 procès de ce genre.

Manifestation contre les jugements de civils devant les tribunaux militaires, mai 2012 © Reuters
  

Un comité de 50 personnes rédige actuellement la nouvelle constitution. Pas très optimistes, les ONG et les associations estiment que les tribunaux militaires pour les civils ont encore de beaux jours devant eux. Selon les miltants, l'armée les utilise pour se protéger et maintenir son emprise sur le peuple égyptien.

Deux journalistes viennent notamment d'être condamnés. Ils travaillent dans le nord Sinaï où l'armée a lancé une vaste opération contre les islamistes.

Reportage signé Vanessa Descouraux, correspondante du Mouv' au Caire.  

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