EasyJet

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easyJet
La compagnie aérienne low-cost easyJet, une révolution pour les usagers, un poison pour le voyage.

 

Soyez à l’heure, le monde n’attend pas.


 

La punchline d’easyJet, avec son injonction impérative, est bien à l’image de sa stratégie commerciale. Hier encore, le passager était roi. Il payait plein pot, mais il pouvait fumer dans l’avion, visiter le cockpit et tutoyer l’équipage.

Aujourd’hui, sous prétexte de prix défiant toute concurrence, le voyageur n’a plus son mot à dire :

Le low-cost produit un homme nouveau, un homme naïf, égaré et soumis.


 


C’est le postulat que pose Alexandre Friederich en introduction à easyJet, petit essai à charge sur la mort du voyage aérien. Pour prendre la pleine mesure des conséquences de l’aviation civile de masse (un "travail de postier"), cet écrivain-voyageur suisse a pris dix sept vols en vingt jours.

Il en aura sauvé quelques anecdotes colorées : le casse-tête orthodoxe du Genève-Tel Aviv, la géographie abstraite des touristes américaines, l’indifférence des habitués. En tout, il en aura vu suffisament pour cartographier la nature des quelque 55 millions de passagers embarqués en 2012 par easyJet. Déplacements professionnels (25% de cadres), escapades hédonistes, exils économiques, spéculateurs immobiliers : pour la plupart d’entre eux (et nous avec), le low-cost est une aubaine.

 

Un mal nécessaire

 

Sous prétexte de nous faire économiser, easyJet nous fait multiplier les dépenses : entre la navette pour les aéroports excentrés, les sachets en plastiques homologués, les sandwichs à 8 euros et le speedy-boarding, le passager « est client partout et tout le temps ». Et pendant ce temps-là, easyJet est toujours immatriculée dans le paradis fiscal de Jersey.

Sans parler de ce que le transport des airs enlève à la magie des voies terrestres. Si easyJet n’a pas inventé l’avion, la compagnie aura au moins contribué, derrière ses slogans simplistes, à faire de nous les touristes impatients pour qui la destination compte plus que le moyen d’y parvenir. Adieu le défilé chaloupé des paysages ferroviaires et la monotonie sensible des autoroutes. Nous leur préférons désormais le fond bleu azur du ciel, sur la neutralité duquel se plaque notre nouvelle idée du voyage.

 

 

Mais s’il met l’Europe est à nos pieds, ce modèle économique  foule aussi notre dignité. Contrôles de sécurité humiliants, services a minima, hangars spartiates en guise de hall d’embarquement : on ne compresse pas les coûts sans en payer le prix.

 


 

Photo : ©Salomé Kiner

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