Du rap passe-muraille en Palestine

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Lundi 02 décembre 2013

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Du rap passe muraille en Palestine
En Cisjordanie, plus de 12 000 personnes vivent dans le camp de réfugiés Dheisheh, dans le sud de Bethléem. Une vie de promiscuité, dans des maisons construites les unes sur les autres. Une poignée d'adolescentes ont choisi le rap comme exutoire.

 

Emilie Baujard a rencontré ces jeunes rappeuses palestiniennes. Reportage en cliquant ci-dessus.

C'est une bande de terre de 600 mètres carrés, louée au gouvernement jordanien dans les années 50. Au départ, Dheisheh était un refuge temporaire pour les palestiniens forcés de fuir leur village pendant la guerre israélo-arabe de 1948. Aujourd'hui, plus de 12 000 personnes y vivent, entassés dans de minuscules maisons construites à la va-vite.

"Mur de martyr" dans une ruelle de Dheisheh cc Libertinus
 

Pour la jeunesse qui est née et a grandi dans le camp, l'horizon est étroit. Loin de la bulle familiale et des murs du foyer, neuf adolescentes ont trouvé dans le rap une bouffée d'oxygène. Elles répètent dans un minuscule studio financé par des subventions internationales, sous la houlette de Mohammad, jeune rappeur du groupe Palestine Street.

Palestine Street sur scène en 2011 avec des enfants de Dheisheh

Dans leurs textes, les jeunes rappeuses évoquent les ruelles salles, la promiscuité, la vie en vase clos. Mais aussi l'occupation israélienne qui contrarie leur désir de liberté. Difficile pour Mohammad de les pousser vers d'autres thèmes :

On leur a dit d’écrire sur ce qu’elles voulaient. Mais les neuf filles écrivent toutes sur les mêmes sujets : la liberté, leurs mauvaises conditions de vie dans le camp. Si je leur dis de parler d’amour, elles vont y introduire de la politique d’une manière ou d’une autre. Parce que grandir dans un camp de réfugiés en Palestine, dans cette situation, fait que la politique coule dans vos veines.



Au sein du groupe, Dalia veut devenir médecin, Sérine se rêve en avocate. Toutes imaginent un jour quitter Dheisheh pour constuire leur vie. En attendant, elles posent leurs rêves sur de la musique. Prochaine étape : présenter au camp la chanson qu'elles viennent d'enregistrer. A 12 ans, Dalia a déjà les idées bien arrêtées. Elle espère que son message sera entendu :

Je veux ma liberté. Avec la musique je peux m’exprimer, dire ce que je pense. Je parle de mes sentiments et surtout de l’occupation israélienne. J’envoie des messages au monde entier, je veux leur montrer comment on vit, ce qu’on subit. Mais je chante aussi pour les Palestiniens, pour soutenir notre cause.


    
Reportage signé Emilie Baujard, correspondante du Mouv' à Ramallah
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