Dictionnaire de littérature à l'usage des snobs

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Dictionnaire de littérature à l'usage des snobs
Si vous n’avez plus de crédit sur votre compte Am****, passez votre chemin. Le dictionnaire de littérature à l’usage des snobs va faire exploser votre wishlist.

 


A sa première parution en 2007, chez feu les éditions Scali, il s’appelait Dictionnaire de littérature à l’usage des snobs ET SURTOUT DE CEUX QUI NE LE SONT PAS.

 Le Mot et le Reste a purgé la meilleure part du titre, au risque de faire passer ce livre pour ce qu’il n’est pas.

 

 

 

 

En société, le snob est dédaigneux: on l’imagine vautré dans son ego-sofa, barbotant dans le pédiluve de sa supériorité fantasmée.   

En littérature, le snobisme n’est pas une attitude, c’est un goût. Coiffé d’une lampe frontale (en référence, peut-être, au fameux headband des années folles), le snob-litt’ descend, en premier de cordée, dans les mondes souterrains des lettres. Il en ramène des trésors confidentiels, méconnus ou oubliés. Parfois, il en fait des livres : Fabrice Gaignault est de ceux-là.

 

Les snobs-litt considèrent de leur devoir de s’avancer dans les eaux étroites et tumultueuses de l’avant-garde


 

Glanées dans les dîners, au fil de ses lectures, au hasard de la vie, les entrées de son Dictionnaire forment une famille a priori hétérogène.
Elle commence avec l’Abbé Mugnier (1879 – 1939),  le « confesseur des duchesses ». Ce chroniqueur mondain en soutane précède Kathy Acker (1947 – 1997), pirate bodybuildée des lettres américaines.

L'écrivain Kathy Acker

 
200 pages plus tard, le grand bourgeois désabusé Fritz Zorn ferme le bal. Il abandonne derrière lui une autobiographie orpheline, Mars. Son incipit est un classique de l’esthétique snob-litt :  

Je suis jeune, riche et cultivé ; et je suis malheureux, névrosé et seul.


 

Malgré leur apparente disparité, il y a bien des dénomiteurs communs qui rapprochent l’héroïne de bande-dessinée Eloïse de Harrar, le refuge éthiopien de Rimbaud :

 

Quand ils ne s’oubliaient pas (trop) dans la débauche (Jane et Paul Bowles, les Crosby ) où les paradis artificiels (Yves Salgues, Alain Pacadis, Annemarie Schwarzenbach), ces « grands désespérés » noyaient leur chagrin dans la littérature : Maurice Rollinat, Jean de La ville de Miromont, Tristan Corbière nous léguèrent des diamants noirs.
D’autres cachaient ce « désespoir poli » derrière une excentricité au moins aussi romanesque que leur œuvre : Quentin Crisp, Joséphin Péladan, Sebastian Horsley ( qui rentre dans toutes les cases) , le baron Corvo…

L'excentrique Quentin Crisp

Les auteurs ne sont pas les seuls à faire frétiller les snob-litt. Fabrice Gaignault ouvre également ses pages à des lieux : résidences d’écrivains (Julien Gracq à Saint-Florent-le-Vieil, la villa Malaparte) ou destinations prisées (Tanger, Venise, Trieste), ces cartes postales distinguées plantent le décor idéal d’un guide de tourisme littéraire.

 

La villa Malaparte, décor du fil "Le Mépris", de Jean-Luc Godard

C’est souvent dans la paume de ces théâtres que naissaient les mouvements, les groupes et les courants de pensées adoubés par les snob-litt. Ils sont sérieux, ou saugrenus, comme le Manifeste culinaire futuriste.  Un autre signe distinctif de la snob-litt : à l’image de Françoise Sagan, la famille agrandie de Fabrice Gaignault place l’élégance dans la légereté. 

 

 


 

Photo : Salomé Kiner

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