Des WC qui analysent vos données, ça vous tente?

L'actualité numérique Mardi 06 mai 2014

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Des WC qui analysent vos données, ça vous tente?
Plus fort que votre téléphone qui vous piste, que la télé qui vous espionne ou que votre frigo connecté, voici venu l'ère des toilettes intelligentes! Une expérience un peu flippante...

 

On n'arrête pas le progrès. Ni les objets connectés. Et encore moins le mouvement du "quantified self", qui consiste en gros à tout mesurer chez soi - une sorte de "quantifie-toi toi-même". Après le suivi de nos performances sportives via les nombreuses applications mobiles qui s'y consacrent, après l'analyse détaillée de notre brossage de dents (oui) ou même de notre coup de fourchette (oui, oui), voici venue l'ère du suivi... aux toilettes.

Pas de chat dans ces cabinets, mais beaucoup, beaucoup de données

Testé à l'occasion d'une conférence dédiée fin avril à la technologie, à Toronto, le projet judicieusement intitulé "Quantified Toilets" ("Toilettes quantifiées", donc) se propose ainsi de "capturer le comportement aux toilettes pour des données en temps réel et des analyses de santé", peut-on ainsi lire sur le site dédié.

En se rendant au petit coin, les participants de la fameuse conférence ont donc été informés de la drôle d'opération en cours par le message suivant :

Le comportement à l’intérieur de ces toilettes va être enregistré pour analyse.



A en croire Quantified Toilets, le suivi permet de collecter, pêle-mèle: l'heure de passage, le sexe de la personne, la quantité du “dépôt”, mais aussi son odeur. Mieux, la présence d'alcool et de drogue est également détectée, ainsi que d'éventuelles grossesses... et des maladies sexuellement transmissibles (MST).

Sur le suivi en temps réel affiché sur le site, il est ainsi possible de voir les données d'un invidu touché par la chaude-pisse ("gonorrhea" en anglais). Plus tôt, c'est la chlamydiose qui s'affichait dans le tableau -ne cherchez pas le terme sur Google images.

Le genre de données affichées sur Quantified Toilets.

L'analyse va donc très, très loin et a de quoi couper toute envie de visiter les cabinets d'une salle de conférence.

Rassurez-vous néanmoins: quoique très réaliste, le projet Quantified Toilets, ainsi que l'expérimentation menée à Toronto, est une énorme supercherie.

Des participants de la conférence de Toronto voulaient en fait pousser le concept de récolte de données à la limite de la caricature, jusqu'au lieu le plus intime, pour susciter le débat sur la surveillance et la protection de la vie privée à l'heure où chaque objet du quotidien est (ou s'apprête à être) connecté à Internet.

Une expérience qui a plutôt bien pris: sur The Atlantic, une universitaire américaine présente à Toronto explique ainsi "ne pas avoir été surprise" par l'installation de ces toilettes intelligentes; une idée qui est même allée jusqu'à "la fasciner".

Car comme elle le souligne justement, malgré leur caractère scabreux, ces données peuvent être précieuses:

C'est le genre de données que les services publics ou que les marketeux adoreraient obtenir.


 

Pour illustrer son propos, elle imagine aussi un ensemble de scénarios tout à fait envisageables, quoique très malsains: des WC tracés dans un stade permettrait par exemple de suivre la consommation d'alcool pour mieux en vendre; dans un concert, c'est l'alcool comme la drogue qui pourraient être analysés afin d'élaborer des messages de prévention. Pire, au boulot, votre patron pourrait très bien pister les employés qui picolent... et celles qui attendent un enfant.

Bien sûr, et heureusement, tout cela reste de l'ordre de la fiction. Sachez néanmoins que le concept même de toilettes intelligentes existe déjà. Très friands des WC perfectionnés, les Japonais proposent depuis longtemps un modèle permettant de mesurer des données telles que le poids, la pression sanguine ou les niveaux de glycémie... mais aussi "la température de l'urine".

>> Lire aussi: "Au secours, ma télé m'espionne!"

Mieux: selon une étude réalisée avec la marque Interl, et relayée fin 2013 par le site Quartz, "70% des personnes [interrogées] dans 8 pays seraient prêtes à partager les données [collectées] par des toilettes intelligentes si cela signifiait une baisse de leurs dépenses de santé". Sans compter tous les autres objets connectés dont on a déjà beaucoup parlé ici.

Il semblerait que l'humanité soit mûre pour ce genre d'aventures. Avis donc aux amateurs. Prenez tout de même garde: sachez qu'en plus de vous faire siphonner les données au WC, des petits malins savent déjà hacker les cabinets.

Andréa Fradin 




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Crédit photo: "Emergency exit WC (Toilet) sign" par hendrike | Wikimedia domaine public

 

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