Des dollars pour Hollywood

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Vendredi 05 septembre 2014

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Des dollars pour Hollywood
C'est la crise, ma bonne dame, y compris à Hollywood. En dix ans, la Mecque du cinéma a perdu un dixième de ses emplois. Les producteurs délocalisent où la fiscalité est plus avantageuse. Le gouverneur de Californie vient d'accorder 1,6 milliards de crédits d'impôts aux productions tournées sur place.

Vous attendez avec impatience la troisième saison de House of Cards, mais ce petit chenapan de Frank Underwood vous fait attendre. Remerciez le gouverneur du Maryland.

Jusqu'en février dernier, l'Etat accordait des crédits d'impôts pour les tournages, permettant à la production d'économiser 11 millions de dollars pour les deux premières saisons, bien plus avantageux que de tourner à Hollywood. En février, fin de la récré, plus de cadeaux fiscaux, le tournage a été reporté en attendant de trouver un État plus accueillant fiscalement.

Franck Underwood n'en a pas fini avec vous © Netflix


Une situation révélatrice du mal qui ronge Hollywood. Les producteurs font jouer la concurrence, préfèrent tourner au Canada, en Australie, plutôt que dans la très chère Californie. A Hollywood, les effectifs ont fondu de 12% en neuf ans. 18.000 emplois ont été délocalisés vers New York, le Nouveau Mexique et d'autres États où filmer coûte moins cher.

Battle : Los Angeles (2011), tourné en... Louisiane, devenue le Hollywood du Sud

Une situation qui touche tous les métiers du cinéma, comme celui de Kathleen, costumière sur Veep avec Julia-Louis Dreyfus. La série est tournée à Baltimore, à 4.000 km de son atelier de Los Angeles, ce qui la tiendra éloignée de sa famille jusqu'à Noël :

Vous avez moins de choix qu'avant et si vous voulez travaillez, il faut accepter de s'exiler provisoirement [...] Et ce n'est pas que l'industrie du cinéma. Il y a aussi tous les emplois indirects comme les magasins de vêtements, les traiteurs, les fleuristes, les hôtels. C'est triste. C'est comme Détroit avec l'industrie automobile.


Julia-Louis Dreyfus dans Veep © HBO


Pour lutter contre la désertion, le gouverneur de Californie vient de faire un "geste" : 1,6 milliards de dollars (1,250 milliards d'euros) de crédits d'impôts. Une aide bienvenue, applaudie par Paul Audley président de l'association FilmLA :

Nous avons toujours le plus grand nombre d'infrastructures et d'employés du secteur. Si la Californie n'avait pas agi cette année, je vous aurais dit que c'était le début de la fin pour notre industrie en Californie. Mais au contraire, c'est le commencement d'un nouveau commencement.



Sauf que ces aides aux frais du contribuable profitent aux studios, mais n'offrent aucune garantie en terme d'emploi. Et les États n'en récupèrent pas grand chose. La Caroline du Nord et le Michigan ont même fini par diminuer leurs propres subventions aux tournages. Jonathan Taplin, prof de communication à l'Université de Californie du Sud redoute une "course aux incitations fiscales".

Malgré tout, la mesure n'a pas vraiment soulevé d'opposition. Hollywood reste un symbole et ce milliard et demi de dollars est le prix à payer pour le sauver.

Reportage signé Loïc Pialat / Edition : Sébastien Sabiron

Image d'illustration : CC FLickr citron_smurf


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