De la valise en carton à la cage dorée

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Jeudi 03 octobre 2013

Réécoute
De la valise en carton à la cage dorée
C'est un véritable phénomène de société au Portugal : sorti cet été, la "Cage dorée" cartonne au cinéma. La comédie franco-portugaise a déjà attiré près de 650 000 spectateurs dans les salles. Un succès historique pour un film réalisé par un portugais

 

C'est un tableau classique, à la limite du cliché. Immigrés portugais, les Ribeiro vivent à Paris. Maria est concierge et José chef de chantier. Leur force de travail et leur discrétion fait l'unanimité dans les beaux quartiers. Alors quand la famille a l'opportunité de repartir au pays pour bénéficier d'un héritage, les parisiens bon tein font tout ce qu'ils peuvent pour retenir en France ces "portos" si dévoués. 


Coproduction franco-portugaise, la comédie de Ruben Alves est sortie au printemps sur les écrans français. 1,2 millions d'entrées, des critiques relativement favorables, joli succès d'estime.

Mais la surprise vient du Portugal. Porté par un plan marketing important et par des comédiens célèbres dans le pays, La Cage dorée est à ce jour le plus gros succès dans le pays d'un film portugais, comparable, toutes proportions gardées, au carton d'Intouchables en France.

Rapprochement franco-portugais © Pathé

Dans le classement des 40 films les plus vus ces dix dernières années, la Cage dorée est le seul long métrage réalisé par un portugais. Illustration d'un divorce depuis longtemps consommé entre les réalisateurs et le public, selon Tiago Santos, critique de cinéma au magazine Sábado.

Les gens ici ne s'identifient pas à leur cinéma. C'est surtout de la faute des réalisateurs. Ici, on a deux types de films : le cinéma d'auteur qui se veut élitiste. Ses réalisateurs ne font aucun effort pour qu'on comprenne leurs films et leurs histoires. Et puis on a un ciné plus commercial, mais les films sont tellement mal faits qu'ils insultent l'intelligence du spectateur.

Le succès du film tient également à son sujet : c'est la première fois que le cinéma portugais s’intéresse à l'immigration. Plus de 5 millions de personnes ont émigré à l'étranger, principalement sous la dictature salazariste renversée en 1974 par la révolution des œillets.

Pour la première fois, la Cage dorée décrit le déracinement de ces immigrés, leur quotidien, s'appuyant sur tous les clichés des "portos de France" pour mieux les dépasser.

Sauras-tu trouver l'intrus dans cette photo ? © Pathé


Le film aura eu le mérite de réconcilier les Portugais avec l'image donnée d'eux même à l'étranger, comme en témoignage ce commentaire élogieux d'une spectatrice au réalisateur du film Ruben Alves :

Avant on avait l'image de La Valise en Carton de Linda de Suza. Grâce à vous le carton est devenu de l'or.

Reportage signé Olivier Bonnamici, correspondant du Mouv' à Lisbonne.

> Pendant ce temps à Véra Cruz, tous nos reportages par ici.

> Et abonnez vous au podcast, RRS et iTunes.

Commentaires