David Cameron n'aime pas le porn

L'actualité numérique Mardi 13 août 2013

Réécoute
David Cameron n'aime pas le porn
Pornocrates anglais, sortez du bois ! Au royaume de Sa Majesté, les contenus olé-olé devraient très bientôt être bannis par défaut de tous les ordi, tablettes et mobiles anglais. En tout cas, c'est que souhaite David Cameron. Dans la pratique, la chose est bien moins aisée.

 

C'est loin d'être une surprise. C'est même une petite manie. Voilà bien plusieurs années que le Royaume-Uni part régulièrement en croisade contre la pornographie sur Internet. Mais fin juillet, monsieur le Prime ministera remis le couvert.

 

Sous prétexte de protéger les chers têtes blondes anglaises de l'effet "corrosif" de ces contenus olé-olé, David Cameron a en effet annoncé qu'il souhaitait les voir bannis par défaut des abonnements à Internet. En clair, les équivalents anglais de Free, Orange ou SFR auront à charge d'afficher une fenêtre demandant à leurs nouveaux clients si oui ou non ils souhaitent ouvrir leur connexion Internet à la pornographie (mais pas que).

Un dispositif dont les paramètres devront bloquer par défaut ces sites, et dont l'installation a été envisagée dès la fin de cette année.

Problème : cette initiative passe mal. Voire très mal. Pour de nombreuses raisons.

 

La pornographie, cheval de Troie de la surveillance

Des raisons qui n'ont rien à voir avec l'argument avancé par David Cameron, la majorité des observateurs s'accordant évidemment sur le fait qu'il vaut mieux éviter que des gosses tombent malencontreusement sur une triple pénétration ou autres joyeusetés du genre. Tout est une question de méthode.

Les experts du réseau rappellent en effet depuis longtemps, et dans de nombreux pays qui ont la tentation de bloquer des contenus pédopornographiques, pornographiques ou qui portent atteinte à la propriété intellectuelle, qu'il est extrêmement difficile de cibler un contenu pour l'interdire sans que d'autre, parfaitement inoffensif, soit lésé. Le problème se pose, et c'est déjà vu, particulièrement avec les œuvres culturelles ou les représentations artistiques.

Jimmy Wales lui-même, fondateur de Wikipedia (qui a déjà été le dommage collatéral de blocages intempestifs) et conseiller du gouvernement anglais, a qualifié l'idée de David Cameron de "ridicule", lui promettant un échec inévitable. 

Les motivations du Premier ministre anglais sont également sérieusement mises en doute par une partie des observateurs. Pour David Cameron, bloquer l'accès aux contenus pornographiques, qui restent parfaitement légaux (hormis certains contenus, tels que la simulation de viol), revient en effet aussi à lutter contre la pédophilie et à préserver l'image des femmes, selon lui souvent dégradée par la pornographie.

Inefficace et absurde, lui rétorquent ces détracteurs : les réseaux pédophiles sont en effet rarement visibles sur le web que nous connaissons tous, lui préférant les échanges peer-to-peer, comme le rappelle cet auteur du Guardian.

En 2011 déjà, le gouvernement anglais avait mis les internautes en rogne

Quant aux femmes, pourquoi alors laisser intact la fameuse page 3 du Sun, pulpeuse tradition qui affiche une pépé à la poitrine dénudée ? Des contradictions qui font se demander à cette journaliste du Guardian : "David Cameron en a-t-il quelque chose à faire de la maltraitance des enfants?"

Ou s'agit-il seulement là d'une manoeuvre politique ?

Porno mais pas que

Reste le dispositif en lui-même et le fait de bloquer par défaut les contenus jugés licencieux. Il suffit pour l'utilisateur distrait de cliquer sans lire (et on le fait tous) sur "j'accepte" au bas de la fameuse fenêtre anti-porn pour que bien du contenu soit retiré de son abonnement Internet. Sans compter qu'Open Rights Group, un groupe militant sur Internet, a révélé que la pornographie est loin d'être le seul contenu banni d'office.

Il est question de bloquer des sites parlant d'alcool, de "matériel ésotérique" ou bien encore de "web forums". Autant dire qu'une pelletée de contenus peut rentrer là-dedans. Le mot de censure est évidemment lâché.

Sans compter qu'au-delà de ce risque, le simple fait d'exiger des amateurs de porno de se déclarer turlupine un poil. Hop, hop, hop ! Que tous les anglais avouent à leur fournisseur d'accès s'ils regardent ou non du porno! On imagine déjà les scènes lors de l’installation de la ligne quand monsieur et madame se regarderont dans le blanc des yeux en se demandant si oui ou non il faut ouvrir leur ordi au porn.

Si oui ou non ils peuvent avouer ce petit plaisir coupable à leur moitié. Autant demander directement leur fréquence de masturbation.

Prenez gare pornocrates, vous êtes sommés de sortir du bois. Et faut bien avouer que tout ça fleure un peu la moraline.

 

Andréa Fradin

Toutes les chroniques Suivez le geek

Abonnez vous aux podcasts : RSS et iTunes 

 

 

Commentaires