Dans l'univers des correcteurs automatiques

L'actualité numérique Lundi 18 novembre 2013

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Dans l'univers des correcteurs automatiques
L'autocorrection est partout : sur nos téléphones, nos ordinateurs ou nos outils de traitement de texte. Voyage au pays des outils qui nous permettent de faire moins de fautes d'orthographe. Et qui peuvent aussi nous faire bien marrer.


Qui n’a pas d’histoire à raconter sur cette fonction qui squatte aujourd’hui systématiquement nos téléphones, nos tablettes, nos ordis et qui se manifeste dès qu’on se met à taper un texte ?

Le plus souvent pour le meilleur, quand la correction automatique rattrape au vol nos coquilles en nous faisant passer pour un Alain Rey des temps modernes. Mais parfois aussi pour le pire.

Internet regorge de captures d’écran croustillantes de conversations qui dérapent à cause de cette auto-correction qui tout d’un coup semble avoir une vie propre - voir le très populaire mais en anglais damnyouautocorrect.com. Auto-correction qui décide, comme ça, de remplacer "on va à disneyland" par"on va divorcer" ou le mot "client" par "clitoris".

- "Ta mère et moi allons divorcer le mois prochain" -"Quoi??? Pourquoi! Appelle moi ?" -"J'ai écrit Disney et ce téléphone a modifié. On va à Disney."

Comment ça marche ?

Les logiciels d'autocorrection fonctionnent par devinette. C'est d'ailleurs bien pour ça que ça ne marche pas à tous les coups.Cette saisie intuitive tente en fait de deviner ce que l’humain essaie de dire maladroitement avec son pouce. Et forcément, tout l’enjeu est d’avoir un corpus de mots suffisamment large, complexe et surtout actualisé pour éviter des impairs à base de "clitoris".

Le site The Atlantic explique que cette fonctionnalité s’appuie sur des algorithmes qui analysent comment les gens papotent entre eux, en particulier sur Internet. Ce site se penche aussi sur la façon dont certains noms propres sont, ou non, intégrés dans les dictionnaires utilisés par les programmes de correction automatique. Et c’est une vraie question puisque Barack Obama himself a fait les frais de cette terrible sélection. Ca vous est certainement déjà arrivé de taper son nom, dans un logiciel de traitement de texte ou ailleurs, et de le voir remplacé sans arrêt par Osama. Pas très pratique.

 

Pour se prémunir contre ça, les boîtes qui vendent ces technologies ont différents outils. Certaines, comme Nuance, qui équipe Samsung, LG ou Sony et qui a racheté la firme à l'origine du T9 - l'ancêtre du correcteur automatique qui a causé du souci à plus d'un utilisateur de Nokia 3310-, puisent carrément dans les mots qu’ajoutent manuellement les utilisateurs de smartphone dans leur dictionnaire, à condition que ces derniers l'autorisent.

Nuance a également établi une liste de sites Internet pour dénicher les nouvelles expressions, d’autres scrutent encore Twitter ou Wikipedia, évidemment, à la recherche de nouvelles starlettes dont le nom serait susceptible d’avoir les honneurs de la saisie intuitive. C’est comme ça, explique encore Nuance, que le pape a été ajouté. Son nom (Bergoglio) éclatant tous les scores sur Internet au moment de son élection.

Un risque d'appauvrissement culturel ?

Problème : tout le monde ne parle pas la même langue. Et ne partage pas forcément les mêmes références culturelles. Comment coller alors à ces diversités ?

C’est bien la difficulté de ces programmes qui tentent de souffler le bon mot à des millions et des millions d’utilisateurs d’iPhone, d’Android, de WindowsPhone, etc. Certains constructeurs, comme Microsoft, assurent y faire attention en créant des outils par langue.

Ca n'a l’air de rien comme ça mais enrichir le plus possible ces dictionnaires qui guident chaque jour notre langage est crucial si on ne veut pas s’enfermer dans une bulle.Pour rappel, ces outils d'autocorrection ne concernent pas que les SMS ou le traitement de texte, Google aussi utilise cette fonction de saisie intuitive en suggérant des résultats à partir de ce qu’on tape, mais aussi à partir des recherches les plus fréquentes dans notre langue. Le risque, au bout, est donc de tourner en rond.

Et de s’enferrer toujours dans les mêmes mots:

 

SONS :

- Extrait de La Cité de la Peur. "Je sais, c'est un peu décousu", un peu comme l'auto-correction.

- "Parole, parole". L'hymne de l'auto-correction par Dalida et Alain Delon.

 

Illustration CC FlickR par el frijole

 


 

Andréa Fradin

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