Damon Albarn en interview !

Les trouvailles de Pascal Bertin Mercredi 07 mai 2014

Réécoute
Damon Albarn en interview !
Le chanteur anglais a accordé un court entretien entre son concert parisien, l'enregistrement du Grand Journal et son retour à Londres le soir même. L'occasion de parler en accéléré, malgré sa fatigue, de son album "Everyday Robots" et de ses sources d'inspiration, de son équilibre artistique retrouvé, de ses Gorillaz et de l'avenir de Blur.

Mardi 6 mai 2014. Vingt heures plus tôt, Damon Albarn a enflammé un Alhambra de Paris conquis d'avance. Quelques minutes plus tard, il sera sur le plateau du Grand Journal de Canal+ pour répondre à des questions et enregistrer quelques titres live. Entre les deux, il reçoit dans un canapé où il s'allonge en buvant un thé, alternant les moments de réveil où il se redresse, s'enflamme - et s'éloigne du micro. Même extenué, l'oeil pétille presque autant que sa dent en or. Accueillant, aimable et souriant, il assure la promotion en ayant en tête l'Eurostar du soir qui le ramènera sous son toit. Entre temps, pas question de lui laisser le moindre répit dans ce quart d'heure royalement accordé et où il devra en dire un maximum sur son présent, son passé et son futur.

 

Damon Albarn © Jérémy Cardot Pic Ink, par Sébastien Sabiron

 

 

Quelle surprise de te voir donner un concert aussi énergique !

Je n'ai pas changé, et j'aime cette part de chaos, c'est pourquoi j'aime aussi laisser la place à un peu d'improvisation, d'ailleurs je n'avais même pas prévu d'inviter Tony Allen !

Tony Allen à la batterie, c'était donc une vraie surprise ?

C'est une totale surprise, je savais qu'il venait au concert, mais je ne voulais pas qu'il vienne chanter une chanson, parce qu'il serait venu juste pour une et aurait été obligé de repartir. Et j'ai du respect pour lui. Tony aime jouer des heures, c'est comme ça que ça se passe, ce n'est pas le genre de batteur que tu invites comme ça, juste pour une chanson. Oui, j'ai été très surpris quand il est monté sur scène, mais c'est aussi ce qui rend les concerts comme celui-là inoubliables. Si le public pouvait comprendre que les musiciens vivent les mêmes expériences, les mêmes choses que lui, on aurait un super moment. Et hier soir a fait partie de ces moments. Ca a été une grande semaine pour moi.

Et ce choix de jouer des morceaux de toutes tes vies musicales, c'est pour l'énergie ?

C'est pour tromper tous ceux qui se sont dit : "oh on va aller l'écouter jouer son disque, ça va être tranquille et lent". Non, l'idée est de pouvoir jouer de tout, ce serait la chose la plus frustrante se se limiter. Avant, je ne pouvais avoir Tony Allen qui venait jouer de la batterie avec Blur, ou quand je jouais "Clint Eastwood" avec Gorillaz, je ne pouvais pas jouer "Song 2" de Blur. Maintenant, c'est possible. Et c'est un truc étrange car toutes ces chansons sont toutes essentiellement le fruit de collaborations incroyables mais ce sont avant tout mes chansons. Et là, pouvoir les jouer simplement, c'est juste merveilleux pour moi. D'autant que depuis le temps, je crois que je commence à avoir quelques bonnes chansons, et ainsi je peux changer d'une date à une autre, je peux éviter de me répéter, et c'est super important quand on enchaine les concerts comme je le fais, pour garder la spontanéité.

Ça veut dire que tu as enfin obtenu la liberté qui te manquait ?

Non ne te méprends pas, ce qui a juste été un peu frustrant, c'est de ne pas avoir eu la possibilité de marier tous mes différents projets ensemble, je n'ai jamais dit que j'avais été restreint dans chacun d'eux. Ce qui est cool, c'est qu'à ce moment de ma vie je peux faire vraiment ce que je veux sur scène., je peux …., être très sérieux, et je trouve plus facile.. et bizarrement je sens moins de pression maintenant, et ça se sent dans ma performance. Et aussi je dispose d'un groupe excellent, ça aide car les musiciens sont fantastiques.

Pour l'album "Everyday Robots", as-tu a été influencé par ton travail sur l'album de Bobby Womack avec ton producteur Richard Russell ?

Ca a été une influence énorme de travailler avec Bobby, d'ailleurs on a quasiment repris les mêmes instruments au même endroit du studio… à part que c'était juste moi chantant. Quand on a fait l'album de Bobby, j'ai joué du piano, des claviers et aidé à la production. Richard a joué un rôle très important, il a été une sage femme pour moi !

Et l'idée des chœurs gospel, c'est aussi l'influence de la soul ?

Les chœurs, ça vient de l'église gospel de la City Mission au bout de ma rue dans le quartier de Leytonstone dans l'est londonien, là où j'ai grandi. Et j'avais l'habitude de l'entendre le dimanche, je restais debout pour l'écouter et c'est la même chorale. Et elle est liée à des souvenirs à la fois authentiques et magiques. Cet album, pour plein de raisons, est très chargé en souvenirs, du coup j'ai pris un de ces souvenirs et il est sur le disque maintenant.

Ça veut dire que désormais, tu vas écrire sur d'autres sujets ?

Je ne sais pas !: De toute façon, les textes représentent toujours la partie délicate pour moi, ils ne doivent pas être trop difficiles, ni manquer de rimes.. Je n'ai jamais trouvé les paroles terribles quand je les lis sur une feuille de papier, je les trouve toujours faibles, toujours, même les meilleures… ce ne sont pas des poèmes mais les textes chantés par les personnes qui les ont écrits, avec leur interprétation, et c'est là qu'ils prennent toute leur magie. Il ne faudrait jamais regarder la musique, juste l'écouter

Tous ces souvenirs, ça signifie que ton album sent la nostalgie ?

Il est pensif, pas nostalgique.. non pas nostalgique, en tout cas c'est un album moderne mais qui ne sonne pas nostalgique même si tout tourne autour du passé, et c'est ça qui lui donne sa mélancolie… mais surtout pas de nostalgie.

Pourquoi ces quelques mots sur la drogue sur "You & Me" ?

Bon c'est toujours une question qu'on me posait… du coup cette chanson là, je chante sur un fantôme, et en un sens, ma période de drogue représente une partie de ces fantômes où je vis maintenant depuis 24 ans et il y a eu une période de ma vie où j'ai utilisé ce qu'ils appellent des drogues dures, mais ça fait longtemps…et j'espère maintenant que je n'aurai plus à en parler car j'ai chanté sur ce sujet qui est loin derrière.

Et le sujet des technologies ?

Notre relation à la technologie me fascine et m'a toujours fasciné.

Un peu come dans le film "Her" ?

Je n'ai toujours pas vu ce film… Mais je viens de lire un truc aujourd'hui à propos d'un gars qui veut épouser son ordinateur…. Et il veut aussi poursuivre Apple pour lui avoir donné une addiction au porno. S'il gagne, il n'y aura plus d'Apple !!

Dans la presse, tu as annoncé la fin de Blur en ce qui te concerne ? Est-ce définitif ?

Comme je l'ai dit, cela peut changer en fonction des humeurs… cette envie c'est un peu comme un volcan en sommeil.. Honnêtement, je trouve dur de croire que je ne jouerai plus jamais avec Blur. Mais en même temps je n'ai aucun plan de prévu, je n'ai pas de réponse, je n'en ai aucune pour le moment et j'adore ça.

Et les Gorillaz, un prochain album prévu ?

Je veux juste réaliser un album rapidement, et je pense que c'est le meilleur projet pour moi pour ça. Quand je dis rapidement, c'est encore plus rapidement que pour "The Fall" que j'avais composé sur iPad . Je veux vraiment un album exceptionnel, j'ai saisi ma part de mélancolie sur mon album solo et j'ai besoin d'équilibre. Maintenant, il me faut quelque chose de différent, je ne peux pas tout le temps être introverti et mélancolique et au ralenti.. car ce ne pas la totale réalité de ce que je suis.

 

 

Et toujours envie de nouvelles expériences musicales à l'étranger ?

La famille c'est ce qu'il y a de plus important. Mais je dois admettre que j'adore vraiment quand la famille et la musique peuvent se marier dans la joie.

 

Album : "Everyday Robots" (Parlophone / Warner)

Prochains concerts : Lyon (Nuits de Fourvières) le 5 juillet, le 6 au festival Beauregard à Hérouville St Clair et le 9 juillet à Paris salle Pleyel pour le festival Days Off.

 

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