Dailymotion, c'est français !

L'actualité numérique Mardi 07 mai 2013

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Dailymotion, c'est français !
Retour sur le psychodrame numérique de la semaine passée qui a fait échouer le projet de rachat de la plate-forme de vidéos française par l'américain Yahoo! sous la pression d'Arnaud Montebourg. Protectionnisme bienveillant ou interventionnisme contreproductif ?

 

"Astérix chez les Internets". Voilà comment aurait pu s'appeler le dernier psychodrame numérique en date, avec un Arnaud Montebourg dans le rôle du héros moustachu qui tente de sauver Dailymotion, petit village français de l'Internet mondial, qui était, à en croire le ministre du redressement productif, à deux doigts d'être avalé tout cru par l'envahisseur américain Yahoo!.

 

Alors que les pourparlers entre Orange, qui possède depuis peu Dailymotion et dont l'Etat possède encore 27%, et Yahoo! étaient sur le point d'aboutir, si l'on en croit l'appréciation du patron de France Telecom Stéphane Richard, Arnaud Montebourg est en effet venu mettre son grain de sel... qui a tout fait capoter.

Craignant de voir la "pépite" du Net français Dailymotion, comme aime à la désigner en choeur politiques et médias, "dévoré" par le géant américain, le ministre du made in France a en effet pesé de tout son poids pour que Yahoo! ne prenne que 50% à Orange, contre les 75% avec option de rachat total initialement prévus. Ce qui n'a pas du tout plu : ni à la boîte américaine, qui a fini par jeter l'éponge, ni aux intéressés français, qui, bien loin de vouloir résister encore et toujours à l'envahisseur, semblaient plutôt disposés à lui ouvrir bien grand les bras.

Ainsi le boss d'Orange, qu'on a connu bien moins virulent, a carrément remis le gouvernement à sa place, indiquant que "Dailymotion était une filiale d'Orange, et non de l'Etat". Même discours, certes plus feutré du côté de la plate-forme vidéos made in France, qui a publiquement regretté, par la voix de son patron Cédric Tournay, ce "blocage gouvernemental". "Nous vivons dans un environnement mondialisé où nous devons, pour le bien de nos entreprises, faire des choix qui maximisent nos chances de succès sur le long terme", a-t-il ajouté dans Le Monde pour souligner les ambitions de ce modeste concurrent, mais concurrent tout de même, de YouTube. De nombreux entrepreneurs du secteur sont allés plus loin, analysant cette intervention comme un colbertisme d'un autre âge, en total décalage avec l'économie d'aujourd'hui, connectée et mondialisée.

Un grondement qui fait d'autant plus désordre que deux autres ministres de Bercy, Pierre Moscovici (économie) et Fleur Pellerin (PME et économie numérique), se sont désolidarisés de la sortie du soldat Montebourg, le premier indiquant ne pas avoir été "particulièrement impliqué" dans le bouzin, la seconde déclarant que Dailymotion "ne doit pas rester un groupe franco-français". Mais tout le monde est bien en phase, assurent par ailleurs les membres du gouvernement, dont la stratégie en matière de numérique est une nouvelle fois ouvertement discutée. A trop intervenir dans les dossiers, bride-t-elle la croissance des jeunes pousses du Net français ?

Pour certains, cette attention portée sur la bonne tenue de l'écosystème numérique, souvent peu considéré par le milieu politique, est au contraire bienvenue et souhaitable. Reste maintenant à savoir où placer le curseur, quelque part entre patriotisme bienveillant et interventionnisme contreproductif. Et c'est là que ça se corse.

Pour les journaux américains, cet épisode illustre une nouvelle fois la défiance de la France à l'égard de leurs champions, Apple, Amazon, Facebook et surtout Google qui, entre l'affaire du financement de la presse et le projet d'une nouvelle taxe adaptée à Internet, est un peu le Voldemort de la politique numérique de l'Hexagone. De son côté, Fleur Pellerin assure ne pas vouloir "partir en guerre contre les Américains", dont elle juge le marché "incontournable quand on veut devenir un acteur de référence international".

Mais force est de constater que ces derniers mois, la tendance a été davantage à la lutte contre cet e-impérialisme américain plutôt qu'à l'installation d'une véritable expansion française. Au centripète plutôt qu'au centrifuge : prudence, préviennent certains observateurs, il ne faudrait pas qu'en 2013 ce mouvement donne l'impression d'être coincés dans un mauvais refrain des années 1980 :

 

SONS :

- Astérix est là ! par sieur Plastic Bertrand, "et il se bat, comme un Gaulois !"

- Ils ont le pétrole, mais c'est tout, Michel Sardou. Chanson culte adressée à l'origine à un tout autre public (hum) que les Ricains, mais qu'à cela ne tienne, elle ferait aussi une sacrée bonne B.O. de ce cafouillage numérique, "dollars"  versus "Gaulois grognards" (1:58)

Andréa Fradin

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