Crevettes unchained

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Mardi 17 juin 2014

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Crevettes unchained
C'est un scandale révélé par le quotidien britannique "The Guardian". Les crevettes thaïlandaises vendues dans les hypermarchés du monde entier sont nourries de poissons pêchés par des migrants réduits en esclavage. Carrefour a suspendu ses achats à l'entreprise incriminée.

Il aura fallu six mois d'enquête aux journalistes du Guardian pour boucler cet article explosif. Une sordide histoire d'esclavage moderne dont les victimes sont des travailleurs birmans, clandestins livrés à des trafiquants d'êtres humains sans scrupules.

Reconstitution en 3D des brimades décrites par les travailleurs birmans © The Guardian


Sur les chalutiers thaïlandais du port de Mahachai, 90% de la main d’œuvre est birmane. La plupart d'entre eux sont achetés quelques centaines d'euros par les propriétaires des bateaux à des agents mafieux. A bord, les conditions de travail sont exécrables.

Migrants au travail dans le port de Mahachai / CC Flickr ILO in Asia and the Pacific 


Hong Sar Na, directrice d’une organisation non gouvernementale qui protège les droits des travailleurs birmans :

Ils doivent travailler plus de 20 heures par jour. Les conditions de travail sont très dures. Certains ont le mal de mer et ils sont menacés par les capitaines de bateaux. Ils leurs disent : si tu ne peux pas travailler, on va te jeter à la mer.



Une situation que les autorités thaïlandaises disent combattre depuis plusieurs années. La police a mis en place un département spécifique. De la poudre aux yeux destinée à calmer les critiques de la communauté internationale selon les associations. Car ce juteux trafic profite à tout le monde.

Les marins font aussi travailler des enfants / CC Flickr ILO in Asia and the Pacific 


Sompong Srakaew, directeur de LPN, une autre organisation d’assistance aux travailleurs birmans :

Les policiers chargés d’appliquer la loi ne le font pas. Ou alors ils utilisent la loi à mauvais escient. Ils exploitent les failles de la loi pour menacer physiquement les travailleurs immigrés afin de leur prendre leur argent. C’est un système de corruption. C’est un obstacle majeur, très difficile à résoudre.



En situation irrégulière, ces migrants n'ont pas d'autre choix que d’accepter de travailler dans ces conditions, régulièrement battus par leurs tortionnaires, sous peine d'être dénoncés aux autorités. Les petits poissons qu'ils pêchent sont destinés à des fermes d'élevage de crevettes.

 

 

 



Depuis les révélations du Guardian, le français Carrefour (numéro 2 mondial de la grande distribution) a suspendu ses achats auprès de Charoen Pokphand Foods, l'entreprise thaïlandaise mise en cause et ce « jusqu'à ce que la lumière soit faite ».

Le groupe, précise avoir, « comme il le fait régulièrement, procédé en juillet 2013 à un audit social de l'usine de conditionnement de cette société qui n'a rien révélé d'anormal à cette époque ».










Selon une enquête de l'organisation Walk Free, plus de 30 millions de personnes dans le monde vivent dans des conditions d'esclavage.

Reportage signé Arnaud Dubus. Mise en page : Sébastien Sabiron.

 


 

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