Coup de tonnerre sur les salaires

World in Progress Samedi 27 juillet 2013

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Coup de tonnerre sur les salaires
Et si la Suisse était le pays politiquement le plus à gauche de toute l'Europe ? On ne l'aurait pas forcément pensé spontanément, mais plusieurs projets de loi révolutionnaires sur l'encadrement de la finance sont soumis à la votation depuis quelques mois.

 

Cannes, France, 17 mai 2011. Alain Cavalier présente son dernier film en compétition officielle. Dans Pater, il est le président de la République. Pendant cinq ans, avec son premier ministre (Vincent Lindon), ils veulent mener à bien une réforme : la limitation des écarts de salaire de 1 à 10 dans une même entreprise. Vingt minutes de standing ovation.

 

Pater, d'Alain Cavalier, bande-annonce, 2011 © Pathé Distribution

 

 

 

Lausanne, Suisse, 24 novembre 2013. Les citoyens helvètes vont voter pour décider si, oui ou non, ils veulent limiter les salaires de 1 à 12 dans une même entreprise. Un patron ne pourrait pas se verser un salaire douze fois supérieur à celui de son employé le moins bien payé. Le texte s'appelle "l'initiative 1:12", il est porté par le mouvement des jeunes socialistes suisses. Charlotte Gabriel en est membre.

 

 

 

Charlotte Gabriel, étudiante en droit et membre des jeunes socialistes suisses © Claire Chaudière, Le Mouv'

 

 

 

Le projet limiterait les hauts salaires autour de 500.000 francs suisses par an (environ 400.000€). Il concernerait 12.000 personnes, ce n'est donc pas qu'une mesure symbolique. Autant de contribuables qui pourraient choisir de fuir le pays. C'est ce que craint la droite dure, opposée au texte. Pour Jean-François Rime, conseiller national UDC, c'est clair : le chômage va exploser.

 

 

 

 

Jean-François Rime, élu UDC, pdt de l'Union Suisse des Arts et Métiers © Claire Chaudière, Le Mouv'

 

L'assurance-vieillesse suisse est elle aussi inquiète. Ces énormes salaires permettent de dégager d'énormes cotisations, et les réduire représenterait 400 millions d'euros de manque à gagner chaque année pour la communauté. Ce sont les foyers les plus faibles qui pourraient trinquer.

 

Il y a donc des réticences, il ne s'agit pas de le nier. Pourtant, l'idée n'est pas si folle que ça, et elle pourrait bien passer. Cette "moralisation de la finance" que les gouvernements du monde entier se sont empressés de réclamer au moment de la crise des subprimes pourrait bien naître là où on ne l'attendait pas : dans un pays réputé pour son opacité.

 

 

Un premier pas a été franchi le 3 mars dernier. Autre "votation" (équivalent suisse du référendum) : "l'initiative Minder" récoltait 67,9% des suffrages. Elle interdit les parachutes dorés et oblige les grands patrons à faire valider leurs salaires par leurs assemblées générales. Etonnamment, ce sont ainsi les actionnaires qui mènent la chasse aux abus. Roby Tschopp dirige Actares, une organisation d'actionnaires qui a fait campagne pour ce texte.

 

 

Roby Tschopp, directeur d'Actares et partisan de l'initiative Minder © Claire Chaudière, Le Mouv'

 

 

 

L'initiative Minder ne prendra effet qu'en 2014. A l'Observatoire de la Finance, on regarde ces changements d'un bon oeil, même s'ils ne bouleverseront sans doute pas la société. Paul Dembinski, son directeur, espère que ça comblera au moins le fossé entre les cadres et leurs employés. C'est une urgence : les inégalités se creusent et la colère gronde.

 

 

 

Paul Dembinski, directeur de l'Observatoire de la Finance © Claire Chaudière, Le Mouv'

 

La Suisse mènera-t-elle la bataille contre les financiers ? Pour en parler, World in Progress reçoit Nina Schmidt, de l'Observatoire des inégalités, et Philippe Steiner, prof de sociologie à l'université Paris-IV Sorbonne et auteur du livre "Les rémunérations obscènes", publié chez La Découverte.

 

 

 

 

 

 

 

 

Reportage signé Claire Chaudière (@Claire_Choo)

 

 

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