Cookies: une seule solution, la déconnexion

L'actualité numérique Vendredi 02 mai 2014

Réécoute
Cookies: une seule solution, la déconnexion
Mais d'où vient ce message qui s'affiche sur de nombreux sites en ce moment: “En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos besoins” ?

Je dois être le dernier Français à croire que Jean-Marc Ayrault est encore Premier ministre. Depuis quelques semaines, je suis coupé du monde. Cela fait certes quelques années que j’ai abandonné ma télé et mon poste radio, mais normalement, aucun souci, je m’informe sur le web.

Seulement voilà, en ce moment, à chaque fois que je me connecte sur mes sites d’infos préférés, je découvre ce message: “En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos besoins”.

J’aimerais répondre “non”, je n’ai pas envie d’accueillir dans mon navigateur ces petits outils qui permettent notamment de me tracer de site en site. Mais il n’y a que deux boutons : “oui” et “en savoir plus”. J’en sais déjà bien assez, merci. Je préfère ne pas poursuivre ma navigation. J’ai trouvé la page de fin de l’Internet.

 

 

Le cookie ou la yourte

Depuis le référendum sur le traité constitutionnel de 2005, on savait que les médias ne défendent que le “oui”, mais quand même, il me semblait qu’on pouvait encore voter “non” en toute liberté.

Sauf dans ce cas précis. Le “en savoir plus” a remplacé le “non” comme si le refus des cookies ne pouvait être un choix, seulement une méconnaissance des règles de base du web. Les cookies s’imposent à nous, ils sont consubstantiels à Internet. Celui qui les refuse fait le choix d’aller vivre dans une yourte, loin de la civilisation.

Cette apparition soudaine de messages d’avertissement sur les cookies est une conséquence d’une directive européenne adoptée en 2009 et transcrite dans le droit français en août 2011 qui impose le consentement des internautes avant toute utilisation de cookies. Sachant que chaque site nous bombarde en général une bonne dizaine de cookies, ce réglement a des conséquences importantes.

La CNIL prend les sites par la main

Il a fallu que le texte soit traduit en langage intelligible par la CNIL en décembre dernier pour que les éditeurs web s’y soumettent. Tous les sites qui affichent aujourd’hui le message d’avertissement sont donc dans l’illégalité depuis août 2011 et ils m'annoncent comme une fleur que je n’ai pas d’autres choix que d’être tracés par leurs cookies.

Malgré ce message d’avertissement, les sites restent à la lisière de la loi. La CNIL le précise clairement dans sa recommandation aux éditeurs:

Le consentement ne peut être valable que si la personne concernée est en mesure d'exercer valablement son choix et n'est pas exposée à des conséquences négatives importantes si elle refuse de donner son consentement. La personne qui refuse un cookie nécessitant un consentement doit pouvoir continuer à bénéficier du service (l'accès à un site internet par exemple).


 

Le problème vient de la CNIL qui a proposé dans son message d’avertissement type ce fameux “oui” ou “en savoir plus”. Enfin plus précisément “en savoir plus et paramétrer les traceurs”, mais la deuxième partie de la phrase a souvent disparu sur les sites web.

Dans le meilleur des cas, le “en savoir plus” nous renvoie, au milieu d’un pavé de 10.000 signes, vers des solutions logicielles pour désactiver les cookies sur tout notre Internet. D'autres sites, comme celui de BFM TV, se perdent un peu dans leur copié-collé:

Pour refuser la publicité ciblée par centres d'intérêt du site 01net, paramétrez le cookie de refus des publicités en consultant le site Your Online Choices et en suivant les instructions qui y sont données.


Cookies aux 3 saveurs

Très peu de sites proposent le mécanisme préconisé par la CNIL : «un mécanisme de paramétrage des cookies directement disponible sur le site ou dans l'application».

C’est à dire qu’on devrait pouvoir choisir précisément pour chaque site quel cookie on refuse. Il y a trois types de traceurs qui sont concernés par cette obligation de consentement : les cookies publicitaires, envoyés par des sociétés spécialisées pour enregistrer nos habitudes de navigation et d’achats sur Internet ; les cookies de réseaux sociaux, ces innocents décomptes du nombre de partages Facebook et Twitter qui permettent aux réseaux de nous suivre partout sur Internet ; et les cookies de mesure d’audience, qui eux-même peuvent nous tracer bien au-delà du site sur lequel ils sont installés.

L’éditeur de logiciel libre, Sourceforge, propose ce choix aux internautes, comme le relève Arrêt sur images. Il apparaît bien seul dans cette démarche “cookie-responsable”.

 

Ces bandeaux d’avertissement aux cookies, louables dans leur intention, ridicules dans leur application, apparaissent comme le symbole du retard de la régulation face aux pratiques du Big Data. Les montagnes de données recueillies par ces cookies (et par ses successeurs, le cookie est une antiquité technologique) atterrissent le plus souvent chez les “data brokers”, ces nouvelles entreprises qui s’occupent de recueillir, traiter et revendre aux annonceurs nos données. Avec très peu de contrôle légal.

Le problème est que personne ne sait vraiment ce qu’il se passe dans ces silos à données, comme le déplore Digital Trends:

Parce qu’on sait si peu de chose sur les pratiques de ces data brokers, il est quasiment impossible pour le gouvernement de savoir comment les épingler — si nous ne savons pas ce qu’ils font, il n’y a aucun moyen de savoir si leurs activités sont légales ou non


 

Pour mettre fin à l’autisme des autorités, le Sénat américain a enquêté sur l’activité des “data brokers”. Le rapport, publié en décembre dernier, est très sévère et révèle notamment que ces entreprises vendent à leurs clients des fichiers de consommateurs classés dans des catégories sociologiques arbitraires, comme “Célibataires écrasés par les dettes”.

 

Après tout, les cookies pourraient être nos amis et vraiment nous “proposer des services et offres adaptés à nos besoins”, comme le vantent sans ironie les messages d’avertissement. Mais comme les données qu’ils recueillent tombent ensuite dans un trou noir, il y a un besoin urgent d’ “en savoir plus” avant de pouvoir dire “oui”. En attendant, permettez-nous de dire “non”.

Vincent Glad.

 


 

Paternité Photo: Certains droits réservés par rennes.i

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