Comment Vodkaster enterre le DVD

L'actualité numérique Vendredi 09 mai 2014

Réécoute
Comment Vodkaster enterre le DVD
La start-up française lance un modèle très filou, à base de vieux DVD, qui fait chuter considérablement le prix de la VOD.

 

L’innovation numérique ne vient pas toujours des Etats-Unis. Vodkaster, réseau social français spécialisé dans le cinéma, vient d’en donner un bel exemple en dévoilant sa nouvelle offre. La start-up se propose de récolter, à ses frais, nos vieux DVD qui prennent la poussière et de les mettre en ligne dans le cloud. L’utilisateur peut alors les regarder en streaming avec toute l’expérience DVD (sous-titres, bonus, etc…) et/ou les revendre sur la plateforme.

Vodkaster espère surtout qu’on les mette en vente, cette récolte de DVD alimentant une plateforme de VOD. Pour 3 à 5 euros, ce qui correspond à la fourchette basse des prix sur une plateforme de location de films, on peut acheter ces oeuvres et les regarder sur ordi, tablette ou smartphone, à condition d’avoir une solide connexion Internet (au moins 8 Mbit/s).

Le DVD ne bouge pas de son étagère mais change de propriétaire

 

L’originalité du concept est qu’en plus de pouvoir regarder le film en ligne, on en détient également la propriété physique. Sur les étagères de Vodkaster, le DVD change de propriétaire. Les nostalgiques de l’objet peuvent aussi demander à recevoir le DVD chez soi, mais dans ce sens-là, il faut payer 5 euros de frais de port.

S’il est gratuit d’envoyer ses galettes chez Vodkaster, il faut donc payer pour se les faire envoyer. Le but est clair: les DVD doivent rester chez Vodkaster où ils alimentent un marché de l’occasion. Dans l’idéal, le film change de propriétaire quasiment chaque jour.

Une petite révolution sur le marché de l’occasion où la logistique est d’ordinaire très contraignante: écrire sa fiche sur Price Minister, envoyer le colis à La Poste, gérer les frais de port... Si le modèle fonctionne, il sera très rémunérateur pour Vodkaster, qui prend 99 centimes à chaque échange.

Un système de recyclage des DVD

Contrairement à ce qu’on a pu lire ici ou là, Vodkaster ne réhabilite pas le DVD, il accompagne son inéluctable déclin. Le modèle fait toujours mordre la poussière aux DVD, sauf qu’au lieu de moisir sur l’étagère du salon, il moisit dans un entrepôt. Une fin pas forcément plus digne: au moins dans le salon, il avait une fonction décorative.

Vodkaster est en fait un système de recyclage des DVD, qui collecte et retraite des vieux objets obsolètes et les recycle en en extrayant la substantifique moelle: le contenu. Les galettes sont ensuite enterrées dans des entrepôts, utilisées comme une caution légale, une contrepartie, aux échanges qui se déroulent dans le cloud.

Très peu de nouveautés

Le principal souci pour Vodkaster est de faire rentrer un maximum de DVD dans ses entrepôts. Car c'est de la VOD à somme nulle: il faut autant d’acheteurs que de vendeurs de DVD. L'acheteur de film doit être actif dans la revente immédiate de son bien. Si les biens sont immobilisés et sont mis hors du marché comme des appartements non occupés, l'offre se restreint et les prix flambent. L'offre de Vodkaster n'a alors plus d'intérêt.

Vodkaster va devoir combler lui-même les manques de son offre, et le principal manque concerne les nouveautés. Aucun des 3 DVD du top Amazon n’est en vente sur la plateforme: La Reine des neiges, Le Hobbit: la Désolation de Smaug et Albator. Pour y remédier, Vodkaster va acheter ces DVD et les vendre au prix normal d’achat, entre 15 et 20 euros. C’est cher, mais l’acheteur peut immédiatement les revendre sur le marché avec une petite décote.

Le format DVD, pour ne pas risquer l'illégalité

Si Vodkaster a fait le choix de préserver l’expérience DVD avec la présence des sous-titres et bonus, c’est essentiellement pour des questions légales. Le plus simple serait d’encoder les films, ce qui réduirait considérablement le poids des fichiers et améliorerait ainsi l’expérience de lecture. Mais Vodkaster estime qu’il y a trop de risques juridiques, encoder un film obligeant parfois à casser les verrous numériques, les fameux DRM.

La start-up est en négociation avec les ayants droits pour leur rétrocéder une partie de leur commission.

On pourrait très bien se passer de ces accords, estime David Honnorat, directeur des contenus de Vodkaster. Mais pour pouvoir offrir des versions compressées des films, qui vont mieux fonctionner en mobilité, et le téléchargement des oeuvres, il nous faut conclure des accords avec les ayants droits.


 

Le DVD n’est donc qu’un prétexte, une manière très maline de rentrer sur le marché de la VOD. Et d'essayer de tout casser. Car si Vodkaster venait à connaître le succès avec son offre, c’est tout le marché de la VOD qui s’en trouverait bousculé. Le coût du visionnage d’un film chute à des prix jamais vus. Pour un film acheté 3 euros, et revendu immédiatement 3 euros, le coût pour l’utilisateur n’est que d’un euro, soit la commission de Vodkaster.

Casser le marché de la VOD, comme Uber a cassé le marché du taxi

Alors qu’il travaillait sur son offre, Cyril Barthet, le patron de Vodkaster, a été frappé par la similitude avec le conflit entre les taxis et les VTC Uber, qui eux aussi essayent de faire exploser un marché bien établi:

Notre démarche est du même ordre. C’est une innovation qui vient bousculer des acteurs en place. Tout le monde sait que c'est le sens de l'histoire. Les acteurs historiques espèrent que ce seront eux qui trouveront l’innovation, mais en pratique, ce sont toujours des starts-up qui gagnent.


 

La comparaison qui revient le plus souvent est celle avec Netflix, la plateforme de visionnage de films et de séries par abonnement, dont l’arrivée est imminente en France. Les modèles sont pourtant très différents : Vodkaster ne propose pas de système d’abonnement, uniquement de l’achat à l’unité.

Le même matériau que Netflix

Mais il y a une vraie similitude : Netflix et Vodkaster vont construire une immense base de films dans le cloud. La start-up française ne s’interdit pas un jour de l’utiliser autrement:

Si le modèle de Netflix marche bien en France, dit Cyril Barthet, on regardera ce qu'on peut faire avec les ayants droits pour faire évoluer le modèle vers de l'abonnement. Mais c’est une réflexion que nous n’avons pas encore eu.


 

Vodkaster aura bientôt en ligne le matériau brut de Netflix, une base immense de films, mais pas les droits pour le commercialiser sous forme d'abonnement, puisque chaque fichier est détenu par un internaute.

Si Netflix et Vodkaster ont des modèles différents, les deux entreprises ont une ambition similaire: accompagner la dématérialisation de l’offre. Netflix a commencé en 1999 avec des DVD physiques envoyés dans les foyers américains, avant de lancer en 2010 une offre dématérialisée dans le cloud, qui permet de se débarrasser de cette coûteuse logistique postale.

Ce qui prend la poussière avec le nouveau Vodkaster, ce n’est pas que le DVD, c’est aussi la poste. L’échange d’objets physiques peut aussi se faire dans le cloud.

Vincent Glad.

 


 

Photo: Paternité Certains droits réservés par nickstone333

> Retrouvez toute l'actualité numérique

> Abonnez vous aux podcasts : RSS et iTunes

Commentaires