Comment ne pas se planter contre Daesh ?

Mouv' Futur (2015-2016) Vendredi 20 novembre 2015

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Comment ne pas se planter contre Daesh ?
Les attentats de Paris et StDenis semblent avoir accélérer la prise de conscience internationale. Paris, Moscou et Washington annoncent vouloir collaborer pour vaincre les terroristes. Quelles options s'offrent à la coalition ?

 

Pour nous, simples civils français, le travail, une semaine après les terribles attentats du 13 novembre, consiste d'abord à se réunir, se respecter, s'échanger quelques sourires. Ainsi les terroristes n'auront pas totalement gagné. On peut prendre exemple sur notre Guillaume Tatu préféré, par exemple, qui souhaite son anniversaire à une contrôleuse SNCF par les hauts-parleurs du TGV qui l'emmène à Nantes :

 

Quand 'Guillaume Tatu diffuse de l'amour dans le TGV pour Céline de la SNCF #mouvredac

Posté par Lise Pressac sur jeudi 19 novembre 2015

 

Mais pour les dirigeants du monde, l'enjeu est bien plus compliqué. Le conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni ce vendredi 20 novembre pour voter une résolution française qui autorise "toutes les mesures nécessaires" dans la lutte contre Daesh. Ce ne sera pas inutile, parce que le combat s'annonce long et difficile.

Le drame a simplement accéléré la collaboration des grandes puissances occidentales : les chefs d'état-major français et russe, par exemple, se sont téléphonés jeudi pour la première fois depuis un an et demi. Et c'est grâce au Maroc que le renseignement français a pu localiser Abdelhamid Abaaoud, le commanditaire des attentats, mercredi, à Saint-Denis.

 

 

Seulement, contrairement à ce que suggère le dicton, l'union ne fait pas toujours la force. Elle y contribue. Mais Mathieu Guidère, islamologue et spécialiste en géopolitique à l'université Toulouse II, se souvient dubourbier connu par les Américains en Irak. "Ils avaient déployé jusqu'à 180.000 soldats sur le terrain et ils ne sont pas parvenus à régler la situation malgré neuf ans d'occupation."

Il craint par ailleurs qu'une coalition purement occidentale soit mal perçue par les populations locales et fasse grossir les rangs de l'ennemi, sur un modèle "Occident contre Islam". "La stratégie la plus efficace serait de construire un plan d'attaque qui implique les pays arabes et musulmans de la région."

 

 

Plus facile à dire qu'à faire : l'Iran chiite par exemple ne veut pas d'un départ de Bachar el-Assad, actuel "président" syrien très contesté pour le massacre de son peuple. Téhéran n'était donc pas très pressée d'agir aux côtés de Paris et Washington. Le pouvoir iranien, jusqu'ici agissant en free-lance, pourrait se montrer plus coopérant maintenant que la Russie (alliée de Bachar el-Assad) est également dans la course.

Il faut ensuite réussir à affaiblir Daesh. L'organisation retire un million de dollars par jour de l'exploitation du pétrole. C'est pourquoi les avions russes bombardent depuis plusieurs jours les camions citernes syriens. "Ca va limiter ses ressources financières", reconnaît Jenny Raflik, maître de conférence à l'université de Cergy-Pontoise. "Le problème, c'est qu'on ne sait pas quelles sont ses autres moyens de financement, donc difficile de savoir si ce sera vraiment efficace."

 

 

Elle souhaiterait un travail de long terme, un contrôle des gens qui alimentent ces groupes terroristes, une solution politique pour transmettre le pouvoir à des dirigeants locaux légitimes (sans quoi la Syrie vivra le même chaos que la Libye) et surtout une lutte profonde contre l'endoctrinement et la radicalisation de la jeunesse.

Les députés français ont voté jeudi à une large majorité un renforcement de l'état d'urgence, et notamment la possibilité pour le ministre de l'Intérieur de bloquer les sites web qui font l'apologie du terrorisme. Un dispositif difficile à appliquer techniquement (il pourra toujours y avoir des copies de ces sites, hébergés à l'étranger), mais un dispositif qui part d'une bonne idée. A creuser pour la suite.

 


Reportage : Augustin Arrivé

Photo de couverture : Cc FlickR Bianca Dagheti

 

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