Comment les médias nous parlent (mal)

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Comment les médias nous parlent (mal)
"Comment les médias nous parlent (mal)", petit essai médico-lexical à mettre entre les mains de tous les médiavores.

 

Souvenez-vous, c’était encore il n’y a pas très longtemps, ça faisait la couv’ des hebdos et les choux gras des osthéos : le mal de dos avait été élu Grand Mal du XXème siècle. Entre temps, il a fallu travailler plus et plus longtremps, le déficit de la sécurité sociale a pris des proportions abyssales, il était temps de changer de rengaine.

Le Mal du XXIème siècle a quitté les rivages médicaux pour ceux, plus insidieux, de la sémiologie. Pandémique, fataliste, omniprésente, la doxa blues – blues des médias pour les intimes - nous prend au réveil et nous pourrit toute la journée.

La doxa, c'est quoi ?

Chez le philosophe présocratique Parménide, la doxa est la parole médiocre, raccourcie : le cliché. Pour Mariette Darrigrand, elle désigne « l’opinion majoritaire, le truisme répété en boucle (…) Elle est une sorte de pré-pensée qui fonctionne comme une réponse corporelle : coup de sang, coup de cafard ou le plus souvent, coup de flemme. Sur tel ou tel sujet, nous ne pensons pas, nous réagissons sans réfléchir et nous répétons. »

Car si l’on a beaucoup parlé de la société du spectacle et du choc des images, on dénonce moins le poids des mots et l’impossibilité de s’y soustraire : on peut fermer les yeux, pas les oreilles.

Aujourd’hui, cette doxa fainéante gangrène le vocabulaire journalistique, affaiblit la pensée et rétrécit le monde des idées. C’est elle qui, par exemple, justifie tous les dérèglements économiques par le mot « crise ». Un mot-valise qui n’explique rien, mais qui empêche d’agir, gelant tout raisonnement derrière son caractère critique et (supposément) temporaire. C’est elle aussi qui perturbe nos humeurs avec sa « pensée-météo » : les « tempêtes médiatiques » favorisent les « climats délétères » et « fragilisent le moral» des français, qui, c’est bien connu, sont sensibles au temps qu’il fait. Or, « il faut le dire clairement : la fragilité tous azimuts crée les conditions d’un fatalisme global ravageur.”

 

 

 

 

Mariette Darrigrand a traqué et décortiqué la terminologie symptômatique de cette doxa blues dans Comment les médias nous parlent (mal), un petit lexique avisé. Il traque les automatismes du langage dans ses manifestations ordinaires : blockbusters, conversations de rue et journaux télévisés, nous sommes perpétuellement submergés par cette mélopée opaque et lancinante.

 

 

 

 

 

Les remèdes

La bonne nouvelle, c’est que la prise de conscience est le premier et le moyen le plus efficace de lutter contre la doxa blues. Commencez donc par lire Comment les médias nous parlent (mal), vous ne lirez plus jamais les journaux de la même façon. Vous ne pousserez plus ce soupir alarmiste devant les films d’action apocalyptiques. Peut-être même adopterez-vous l’une des pistes suggérées par Mariette Darrigrand.

Pour échapper au blues des médias, on peut par exemple préférer d’autres formes de récit : les grands reportages et les mooks, le journalisme de solution, les billets d’humeur ou les analyses originales que proposent parfois les écrivains, les cinéastes et les philosophes lorsqu’ils s’invitent dans les débats.

Et la littérature, bien entendu, variation infinie des récits du réel…

 


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