Comment le web pourrit la carrière d’une jeune et jolie sportive

Va y avoir du sport Mardi 29 juillet 2014

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Comment le web pourrit la carrière d’une jeune et jolie volleyeuse kazakhe
Elle s'appelle Sabina Altynbekova et son entraîneur n'est pas sûr de vouloir la conserver dans son équipe. Parce qu'elle est nulle ? Pas du tout. Parce qu'elle est devenue l'idole de milliers de fans qui créent des pages Facebook et polluent son compte Instagram. La Kazakhe est jolie, elle ressemble à une héroïne de manga et elle subit de plein fouet le machisme du monde sportif.

Elle a 18 ans, elle fait du volley-ball, elle est née au Kazakhstan. Donc, en temps normal, il n’y a vraiment mais vraiment aucune raison de s’intéresser à cette sportive. Personne ne devrait la connaître à part sa famille, son entourage, excepté peut-être votre tonton cinglé qui est fan de volley-ball kazakh.

Sauf que Sabina Altynbekova  est devenue une immense star sur Internet. 245 000 personnes suivent son compte Instagram. Sur Facebook, elle a plusieurs dizaines de pages créées par des admirateurs qui comptent chacune des milliers et des milliers de fans.

Parce qu'elle a des ailes dans le dos ? Elle vit avec un dragon ? Pas du tout. Ce qui est fou dans cette histoire, c’est qu’elle n’y est absolument pour rien. Enfin, disons qu'elle n’a rien fait pour le choisir.

Des jambes qui mesurent 1,20 m 

La volleyeuse kazakhe est juste jolie. Elle est même très belle. Pour être plus précis, sa beauté plastique est hors du commun. Elle mesure presque 1,90 m et ses jambes, d’après tous les sites internet qui ont raconté cette histoire, dépassent les 1,20 m.

 

Son visage, c’est assez impressionnant, c’est vrai, est celui d’une héroïne de manga. Elle est d’origine asiatique, elle a de longs cheveux bruns, et une frange qui domine de grands yeux en amande.

Ses caractéristiques physiques suffisent à rendre le public asiatique complètement dingue. Parce que c’est surtout au Japon, en Chine, en Corée du Sud qu’elle compte plein de fans.

La presse occidentale s’en est rendue compte quand son équipe, le Kazakhstan, est venu participer à Taiwan aux championnats du monde de volley-ball des moins de 19 ans. Et il faut en vouloir pour s’intéresser à cette compétition.

Pendant ces championnats, les gradins étaient remplis de supporters asiatiques qui n’avaient d’yeux que pour elle. Il y avait des drapeaux kazakhs partout.

"Impossible de travailler dans ces conditions"

Cet engouement a eu des répercussions négatives pour la jeune volleyeuse. Elle a même très peur pour l’avenir de sa carrière sportive.

 La presse taiwanaise a interrogé son entraîneur qui était très en colère. « C’est impossible de travailler dans ces conditions », dit-il. Il explique qu’il ne peut pas conserver une joueuse qui monopolise à ce point l’attention.

Au début, Sabina Altynbekova s’amusait de cette popularité soudaine. Sur son compte Instagram, elle relayait les œuvres de ses adorateurs qui la dessinent en personnage de manga mais maintenant elle aimerait bien pouvoir poster ses selfies et ses photos de match tranquille.

Parce que sous ses photos Instagram, c’est du grand n’importe quoi. Dans les commentaires, il y a des centaines de messages d’amour dans toutes les langues, des propositions de sponsoring par des marques de maillot de bain, pas mal de blagues salaces.

"La jolie Serena" au lieu de "Serena Williams"

Ca n’a rien de facile d’être une jolie femme quand on est sportive. Certes, certaines tirent profit de leur plastique quand elles n’ont pas le courage ou le talent pour faire une grande carrière. Comme la tenniswoman Anna Kournikova qui s’est lancée dans le mannequinat et la publicité.

 

Mais en général, les athlètes féminines subissent le sexisme des fans de sport. C’est la faute de certaines fédérations qui obligent les sportives à jouer en jupe ou en bikini, c’était le cas au beach-volley.

C’est la faute des médias aussi, des commentateurs télés qui parlent de "la jolie Serena" au lieu de l’appeler simplement "Serena Williams", des sites Internet qui publient des classements stupides de la sportive la plus sexy.

En tout cas, la pauvre volleyeuse kazakhe est toute désolée. Elle dit qu’elle aimerait bien devenir connue pour ses qualités sportives, pas pour autre chose. On la comprend.  

 


 

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