Chasse aux fantômes dans un cinéma porno

Le 7-9 Vendredi 15 novembre 2013

Réécoute
Chasse aux fantômes dans un cinéma porno
Stephen King sera ce midi dans les studios du Mouv'. Pour patienter, nous vous proposons une effrayante matinale consacrée à la peur : reportage en exclu au milieu d'une chasse aux fantômes dans un cinéma X. Les nuits mosellanes sont pleines de surprises.

 

Stephen King, le Roi du frisson, arrive dans quelques heures au Mouv’. L’occasion pour l’équipe de la matinale de s’interroger sur la Peur.

Augustin Arrivé, de la rédac' du Mouv', n'est pas une grande âme, mais il a fait de son mieux pour chasser les esprits. N'ayez pas peur, cliquez ci-dessous.

 

Pentagrame maçonnique devant l'ancienne chambre des métiers

Le Royal est une institution de Metz. Cinéma porno récemment diversifié en lieu de rencontres sexuelles, le bâtiment a une longue et riche histoire.

 

Hôpital de guerre en 14-18, une plaque de marbre rappelle, dans l'escalier principal, la visite du président de la République Alexandre Millerand en 1923. Il n'était pas venu là batifoler : il inaugurait ce qui était alors la chambre des métiers et de l'artisanat.

 

Sous les sculptures d'angelots et face au grand vitrail à l'effigie d'un forgeron, les employés des lieux ont observé d'étranges phénomènes. "Un matin, la femme de ménage m'a téléphoné", se rappelle Bernard Koch, le proprio. "Elle m'a raconté qu'elle entendait une femme chanter dans la salle du cinéma. Mais il n'y avait personne."

 

Lui a vu les lourdes portes de cette même salle s'ouvrir et se claquer toutes seules. Les fauteuils rouges et bleus seraient régulièrement intervertis par une force invisibles. Un spectateur est même mort d'un infarctus en sortant d'une séance.

 

Après avoir été un hôpital et une chambre des métiers, le Royal est devenu un lieu très attachant

 

C'est la concierge, Alexandra de Blasi, également prof de chant dans l'immeuble, qui a décidé de contacter Ghost Activity. "Je me sens surveillée depuis que je me suis installée ici. Aujourd'hui j'ai besoin de réponses." Le groupe de chasseurs de fantômes, fondé il y a cinq ans par le Meusien Laurent Atzeri, s'occupe de vérifier la présence des esprits, pas de les capturer : "Chacun son boulot, les prêtres exorcistes sont là pour ça."

 

Laurent et ses camarades sont bénévoles. Ils ne demandent pas d'argent pour leurs "traques", simplement des autorisations de droits à l'image, dans l'espoir de vendre les vidéos de leurs missions aux chaînes du câble et du satellite. Leurs vrais métiers sont tout autre : expert-comptable, tenancier de bar, ouvrier...

 

Les Ghost Activity dégaînent leurs mallettes de détection d'esprits

 

Ils arrivent en début de soirée, un fourgon rempli de matériel. "On importe tout des Etats-Unis." Détecteurs de mouvement, caméras thermiques et à vision nocturne, micros surpuissants et surtout des G2 qui servent à détecter les variations de champ magnétique ("ça se produit toujours quand un esprit est dans les parages"). Une fois l'établissement plongé dans le noir, la traque peut commencer.

 

Laurent part devant avec sa caméra, Thierry suit avec son G2. "Si une entité est présente dans ce bureau, qu'elle se manifeste maintenant." Silence de mort. Le groupe se déplace, pièce par pièce, et reproduit le cérémonial. Raymond photographie à tout va. Son flash produit des cercles lumineux sur les clichés, traces laissées par les poussières sur l'objectif. Ah non pardon : il s'agit d'orbes, expressions gazeuses de présences mystérieuses. "Quand on agrandit l'image sur ordi, on y voit souvent des visages."

 

Thierry et son G2, Laurent et sa caméra à vision nocturne. La traque est en cours.

 

Les G2 finissent par se déclencher. Agitation générale. "S'il vous plait, voulez-vous nous confirmer que vous êtes là en faisant un bruit ?" Pas de réponse, mais ce n'est pas grave. "Qui que vous soyez, je vous propose de nous suivre jusqu'à la salle de cinéma." Les chasseurs s'en vont, accompagnés sans doute par ce fantôme invisible.

 

Dans la salle en question, Alexandra s'installe devant l'écran. Dans l'obscurité, elle entonne un Ave Maria somptueux, a cappella, espérant attirer la fameuse chanteuse signalée jadis par la femme de ménage. C'est très beau mais aucun esprit paranormal ne l'applaudit. On s'installe alors autour d'une table et Laurent Atzeri dégaîne sa botte secrète : la ghost-box.

 

Alexandra de Blasi, prof de chant, concentrée devant la ghost-box de Laurent Atzeri

 

Sorte de petite cibie, cette machine balaye automatiquement l'ensemble des fréquences radio. De temps à autre, l'antenne capte des bribes de syllabes avant de filer vers une autre fréquence. Ces bruits sont les mots que les morts nous adressent, tant bien que mal, à travers les âges. "Est-ce qu'on vous dérange ? Répondez-moi par oui ou non." Un vague "euh-ête" retentit. Laurent est persuadé qu'un homme vient de lui répondre : "peut-être ? Je n'ai pas proposé "peut-être", j'ai demandé oui ou non !".

 

Convaincue, Alexandra s'emballe : "veux-tu que je te chante une autre chanson ? Oui ? Une chanson en français ou en espagnol ?" Face aux parasites qui sortent du haut-parleur, elle enchaîne : "tu veux que je te chante Edith Piaf ? Oui, c'est ça qu'on me demande." Elle ouvre grand la bouche, s'éclaircit la gorge, et La vie en rose résonne dans la salle.

 

Pendule, thermomètre numérique et K2 complètent le matériel. Du made in USA, of course.

 

Il faut se rendre à l'évidence : on ne capte pas grand chose d'intelligible, ce soir-là, avec la ghost-box. Comme nous sommes en Moselle, Thierry trouve la faille : "Etes-vous allemand ?" Il pose ensuite une série de questions dans la langue de Goethe. Il y est question de militaires blessés et soignés dans l'ancien hôpital, de la présence hypothétique de Juifs torturés et de maladies ayant pu causer le décès.

 

Avant de conclure, Laurent propose à Alexandra de saluer les esprits et de les remercier. Elle s'exécute. Ghost Activity reviendra pour expertiser sa loge. En attendant, il va falloir à ces courageux chasseurs s'armer de patience : avec leurs six caméras, ils ont trente heures de bandes à analyser. En ralentissant la bande son, ils espèrent dénicher des indices. Un travail laborieux mais nécessaire. Les fantômes attendent là depuis des décennies, on peut bien leur consacrer quelques semaines.

 

 

De ces phénomènes paranormaux, nous allons discuter toute la journée sur le Mouv'. En attendant la venue de Stephen King à 13h, la Matinale s'intéresse déjà à la peur dès 7h. Les raisons de ce mal et son évolution à travers le temps. Benoît Bouscarel reçoit aujourd'hui les spécialistes de la question:

  • Antoine Pelissolo, psychiatre, prof à Paris-VI et chercheur au département émotion du CNRS
  • Mélanie Fazi, romancière et grande amatrice des œuvres de Stephen King
  • Francisco Ferreira, maître de conférences en cinéma et littérature Comparée à l’université de Poitiers

 

Retrouvez tous les jours la Matinale du Mouv', de 7h à 9h, présentée par Benoît Bouscarel, et laissez vos commentaires en direct sur Facebook et Twitter (@matmouv).

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