Ces imposteurs du web intoxiquent les journaux sportifs

Va y avoir du sport Mardi 11 février 2014

Réécoute
Depuis leur chambre, ces imposteurs du web intoxiquent les journaux sportifs
Samuel Gardiner est un adolescent anglais qui a réussi à gagner 20 000 followers sur Twitter en se faisant passer pour un journaliste sportif. Il a berné de vrais footballeurs et ses informations bidon ont été reprises par des journaux très sérieux. Et il est loin d'être le seul à avoir réussi ce genre d'"exploit"...

Vous avez trollé Nadine Morano qui vous a répondu

En janvier, vous vous êtes créé un compte sur Twitter. Excellente résolution.

 Vous avez démarré avec 5 followers, vos deux frères et les trois geeks du boulot. Vous avez commencé à tweeter des articles intéressants tous les jours, deux ou trois photos de chat, une reprise de "Get Lucky". Bon, vous avez gagné 2 followers.

Depuis le début du mois du février, vous poursuivez vos efforts. Vous avez trollé Nadine Morano, qui vous a répondu; vous publiez 40 tweets pendant "The Voice".

Résultat : vous en êtes à 4 misérables followers, vous n’y comprenez rien, vous envisagez de faire de la télé réalité.

Vous regardez votre chat avec cruauté en vous disant qu’il pourrait peut-être vous aider. Il s’agit pas de lui faire mal, hein. Enfin, un tout petit peu.

Il a farfouillé sur Google Images

N’y pensez même pas, une solution existe. Il faut suivre l’exemple de Samuel Gardiner.

C’est un ado de 16 ans, un Londonien, dont l’histoire a passionné la presse anglaise ces dernières semaines.

Samuel Gardiner est un lycéen parfaitement quelconque qui a réussi à gagner en un an 20 000 followers sur Twitter.

Il a commencé par farfouiller sur Google Images, tapez quelque chose comme « beau gosse blond ». Il a pris une photo, il en a fait son avatar.

Ensuite, il s’est trouvé un pseudo, un nom qui sonne bien. Dominic Jones. L’idée, quand même, c’est d’éviter les Robert Pichon ou Bernard Boulard. Faut faire envie.

Il s’est inventé une profession alléchante pour les obsédés du mercato : ancien recruteur devenu journaliste pour le magazine Goal.

Et puis, il s’est mis au travail. Il a pris, toujours sur Google images, ce paradis des imposteurs, une photo du stade Santiago Bernabeu et il a commencé à commenter un match en précisant « envoyé spécial ».

Il est devenu Dominic Rhodes

Il a fini par se faire repérer mais peu importe. L’escroc s’adapte, il a changé son profil, il est devenu Samuel Rhodes, journaliste freelance pour le Daily Telegraph et le Financial Times.

Et il a trouvé sa spécialité : les rumeurs de transfert. Il tweetait « Big news dans 30 minutes » et annonçait l’arrivée de tel joueur à Liverpool, le licenciement d’un entraîneur.

Parfois il avait raison, d’autres fois, il avait tort.

Mais il a fini par devenir une référence de la presse anglaise, il échangeait des messages avec des footballeurs, ses tweets étaient parfois repris par des sites très sérieux.

Tout ça depuis sa chambre d’adolescent.

Il veut devenir journaliste

Un jour, un journaliste du Telegraph a fini par signaler à Twitter que personne ne connaissait Samuel Rhodes et son compte a été fermé.

Très fier de son histoire, il a trouvé sa vocation : Samuel Gardiner veut maintenant devenir journaliste. Une très bonne nouvelle pour le monde de l’information.

Ce n'est pas la première fois qu’une histoire comme ça arrive. L’an dernier, c’est un dénommé Rob Beal qui depuis la maison de ses parents à Sheffield avait intoxiqué des journaux anglais et même français.

C’était allé assez loin puisqu’il avait réussi à arnaquer des internautes en leur vendant des faux billets pour des matches.

Le précédent Borisio Ferrara

La faute des réseaux sociaux ? Même pas. En 2006, donc bien avant le succès de Twitter, le magazine France Football avait annoncé que le jeune milieu de terrain Borisio Ferrara était sur le point de signer à Saint-Etienne.

Petit problème : Borisio Ferrara n’existe pas, sauf dans la tête de deux internautes qui voulaient rigoler sur un forum.

La moralité donc, c’est plutôt que les journalistes sportifs feraient mieux d’oublier la chasse aux scoops et d’être un peu plus vigilants. 

Imanol Corcostegui

 


 

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