Celebrated Summer

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Celebrated Summer
Même sous acides, l’adolescence, ça pique.

Qu’aurait dit l’architecte allemand Ludwig Mies van der Rohe du dessin minimaliste de Charles Forsman ? Adepte ou non du less is more, l’auteur de Celebrated Summer croque avec une éloquente sobriété les atermoiements du corps adolescent.

Son premier livre, The End of the fucking world, compilation de ce qui était initialement paru sous la forme de petits fanzines, chroniquait déjà la vie heurtée d’un jeune couple en crise. Cette fascination pour l’âge ingrat a des racines profondes chez Charles Forsman :

 

La bamba triste

« J’crois qu’on devrait en gober deux chacun ». C’est dans l’alcôve crasseuse d’une chambre de puceau que l’incipit de Celebrated Summer donne le ton. Wolf, le souffre-douleur en surpoids, et Mike, le meneur taquin, gobent deux buvards et partent se balader dans la fôret.


Ca commence un peu comme Black Hole, dans le giron végétal des terrains inconnus. Mais la ligne dépouillée de Charles Forsman plante un tout autre décor. Aux imaginaires luxuriants de Burns, il préfère une ligne discrète, très fine, et des motifs répétés, symboles élastiques du temps qui ne passe pas.

 

C’est un insecte sorti d’une pierre qui traverse la page en douze vignettes. C’est un parking vide, la nuit. C’est une pièce qui se glisse dans la fente d’un jeu d’arcade. Car contrairement aux trips hallucinés qu’on a coutume de voir colorer les histoires, la montée de Mike et Wolf est monotone et anxiogène. Les deux ados se disputent et se tâclent. Les sujets sont sensibles, douloureux. On devine des familles absentes, des foyers sans châleur.

Le road-trip de fin d’école n’a pas le charme aride des grands canyons de Las Vegas Parano. Celebrated Summer, l’anti-thèse d’une fête, longe des banlieues péremptoires et polluées, des gratte-ciels aveugles, des bords de mer la nuit et des peeps-shows qui ne font pas bander.

Le flacon a beau être prometteur, l’ivresse n’en demeure pas moins triste, et Charles Forsman l’aborde en connaissance de cause :

 

Dans les bulles de Charles Forsman, les acides ne suffisent pas à cacher le grand mensonge de la vie. Et quel âge peut dire, mieux que l’adolescence, ce sentiment d’impuissance qui s’accroche à la vie ?

Mais l’originalité de Celebrated Summer est ailleurs – elle est graphique. Elle est dans l’alternance des univers, saturés dans les moments d’angoisse, dépouillés pour la neurasthénie. Chez Charles Forsman, l’ennui est une affaire de rythme :

 

La maison d'édition de Charles Forsman

Le site de Charles Forsman

 


 

Photo : Salomé Kiner

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