Cauchemar chez Mickey Mouse

le Reportage de la Rédaction Mercredi 20 novembre 2013

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Cauchemar chez Mickey Mouse
"Escape From Tomorrow" est un film d'horreur à petit budget, sorti dans trente salles américaines. Jusque ici, rien d'anormal, sauf que le film a été tourné clandestinement dans les parcs d'attraction Disney. Et la firme aux grandes oreilles n'a pas bronché.


Dans l'enfer du monde merveilleux de Walt Disney. Reportage en cliquant ci-dessus.

Avez vous déja essayé de passer plus de 24h dans le monde de Mickey ? Au milieux ces personnages éternellement souriants, de ces couleurs chatoyantes, de cette musique féérique qui tourne en boucle et de ces parades merveilleuses répétées à l'infini ? Flippant, non ?  

L'équipe d'Escape From Tomorrow y a passé trois semaines et leur film traduit en images ce cauchemar à la guimauve.

Bande annonce Escape From Tomorrow © Mankurt media

Pour tourner sans autorisation à Disneyland (Californie) et Disneyworld (Floride), l'équipe du film a du se faire passer pour des touristes. Les acteurs lisaient leur script sur smartphone, refaisant inlassablement les mêmes attractions sans éveiller les soupçons des agents de sécurité. Dans les mains du réalisateur Mandy Moore, un simple reflex numérique.

Toujours éviter le Mickey Burger avant les manèges © Mankurt media
      

Les effets spéciaux sont un peu cheap et le scénario du film tient sur une feuille de papier à cigarette (un père de famille sombre dans la paranoïa sous l'influence néfaste du parc d'attraction) mais le film fascine, par le pouvoir hypnotique de ce décor de conte cauchemardesque. Mandy Moore :

Après Las Vegas, Disneyworld est le deuxième endroit où les gens vont se suicider aux Etats Unis [...] C'est ce qui a inspiré mon histoire. On y voit des gens qui s'amusent bien sûr, mais aussi des familles prêtes à s'entretuer. Le film parle de notre obssession pour cette culture des univers artificiels de bonheur préfabriqué.  ne pas pouvoir commenter, critiquer, ou pardodier cet univers est innacceptable.


 

On pouvait s'attendre à ce que Disney dégaine sa machine de guerre juridique pour s'opposer à la sortie du film. Il n'en est rien. Aucune poursuite, aucune campagne de presse, aucun commentaire. Mickey à opté pour la stratégie du silence.

Affiches polémiques © Mankurt media

En agissant ainsi, la firme prive Escape From Tomorrow de son statut de film culte, d'oeuvre interdite que tout cinéphile se doit d'avoir vu. Pas de polémique, pas de tohu-bohu médiatique, pas de promo gratuite. Au passage, Disney offre un visage tolérant et désamorce les critiques portant sur son impérialisme et sa toute puissance.

Une stratégie à l'opposé de celle employée dans les années 70 contre Air Pirate Furries.

"Dirty Duckfucker", insulte à la mode © Air Pirate Furries
  

Dans ces comics underground, les personnages de Disney prenaient de la drogue, juraient comme des charetiers, et se livraient à des partouzes inter-espèces. Après 10 ans de bataille judiciaire, Disney avait obtenu leur interdiction, mais son image en avait pris un coup.

 

Cette fois, le "No Comment" s'est avéré payant. Sorti le 11 octobre, Escape From Tomorrow n'a pas fait recette. Un premier week-end d'exploitation tout juste satisfaisant pour les producteurs, au regard du budget rikiki du film (650 000 $). Aucune sortie française n'est prévue, mais le film est déjà disponible sur la plupart des plateformes de VOD.

Reportage pour le Mouv' signé Coralie Garandeau

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