Cannes, le festival des surprises

La Pop au carré Jeudi 17 avril 2014

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Cannes, le festival des surprises
Alors que la sélection officielle du 67e festival de Cannes vient d'être dévoilée, retour sur les films hors-norme de la Croisette. Des longs métrages record, interminables ou conceptuels, qui font, aussi, la magie de la Quinzaine.

 

La sélection 2014

C'est une sélection resserrée que nous a dévoilée Thierry Frémaux, le délégué général du festival de Cannes, ce midi. Dix-huit longs métrages en compétition, contre vingt l'an dernier. Mais ça n'a rien à voir avec une quelconque réduction budgétaire. Il y aura du lourd cette année encore sur la Croisette. Et les petits jeunes côtoient les anciens.

Cocorico : Michel Hazanavicius est de retour, trois ans après le prix d'interprétation masculine de Jean Dujardin pour The Artist. Cette fois, dans The Search, il filmera sa compagne, Bérénice Béjo, en pleine guerre de Tchétchénie. On guettera également Bertrand Bonello et son biopic sur Yves Saint-Laurent, un projet rejeté par Pierre Bergé.

 

Photoshoot de The Artist à Cannes, en 2011 © Ciné365

 

Mais l'événement de cette édition sera certainement le retour du Franco-suisse Jean-Luc Godard en compétition (avec Adieu au langage). Ce sera son septième passage dans la sélection, où il n'a jamais rien obtenu. Vu la trajectoire de plus en plus expérimentale qu'il donne à sa carrière, on peut s'interroger sur ses réelles possibilités cette année. En 1962, il prédisait déjà la mort du festival :

 

 

Kristen Stewart sera à l'affiche de Sils Maria, d'Olivier Assayas, quatrième et ultime espoir de la France. Tandis que l'ex de la dite Kristen, Robert Pattinson, montera les marches pour Maps to the Stars, le nouveau David Cronenberg, prix spécial du jury en 1996 avec Crash, mais qu'on n'imagine plus voir palmé un jour.

Toujours du côté des habitués, on retrouvera les bipalmés frères Dardenne (qui viendront avec leur Deux jours, une nuit), et les deux palmés les plus britanniques de Cannes : Mike Leigh (Palme d'or 1996 pour Secrets et mensonges, qui présentera Mr Turner) et Ken Loach (Palme d'or 2006 pour Le vent se lève, qui racontera, avec Jimmy's Hall, un autre pan de l'Histoire irlandaise).

Le Canadien Xavier Dolan (dont le Tom à la ferme est sorti en salles hier) pourrait devenir le plus jeune réalisateur à recevoir la récompense suprême. Il nous dégaîne son Mommy, déjà prêt pour la compétition. Tommy Lee Jones (prix d'interprétation et prix du scénario 2005 pour Trois enterrements) est un peu plus âgé. Ca ne rend pas son Homesman, avec Hilary Swank, moins attendu.

 

Tom à la ferme, de Xavier Dolan © MK2 / Diaphana, 2014

 

Et dans la caravane des moins connus, l'Océanie sera le seul continent absent : un réalisateur mauritanien (Abderrahmane Sissoko, pour Le chagrin des oiseaux), une Japonaise (Naomi Kawase, pour Deux fenêtres), un Russe (Andrei Zvyagintsev, pour Leviafan), un Turc (Nuri Bilge Ceylan, pour Sommeil d'hiver), un Argentin (Damian Szifron, pour Relatos Salvajes), un Américain (Bennett Miller, pour Foxcatcher), un Canadien (Atom Egoyan, pour The Captive), une Italienne (Alice Rohrwacher, pour La Merveille).

Deux femmes, seize hommes. La parité n'est toujours pas respectée. On parie une paire de palmes que ça va encore jaser. L'histoire de Cannes est faite de surprises, et de polémiques.


 

Et si on redescend les marches du Palais...

Tout est possible à Cannes, même voir des films pas finis. Avant le jeu idiot 2048, il y eut ainsi 2046, magnifique long métrage de Wong Kar-Wai, présenté aux festivaliers dans une version bâclée. Le matin de la projection, ni le réalisateur, ni son oeuvre n'était arrivés. L'artiste chinois s'est pointé en fin d'après-midi avec ses dernières bobines sous le bras, à peine sorties du labo. Il a fallu décaler l'agenda des séances. Et les spectateurs n'ont pas tellement adhéré.

 

 

Une fois la quinzaine terminée, Wong Kar-Wai retournera sur son banc de montage pour proposer une nouvelle version au grand public. Ken Burns, lui, n'a rien retouché à son documentaire. The War, présenté en 2007 hors compétition, durait pourtant quatorze heures ! Il n'en fallait pas moins, semble-t-il, pour parler de la Seconde Guerre mondiale. Afin de préserver la santé des spectateurs, le film fut projeté en quatre fois.

 

 

Quatre séances de 3h30, c'est presque de la gnognotte à côté des six heures non-stop passées par Peter Fondu (spécialiste ciné émérite du Mouv') au palais des festivals en 2003. "Je suis entré à dix heures du matin, je suis ressorti à 16h." Cette séance, la plus longue de l'histoire de Cannes, c'était celle de Nos Meilleures Années, superbe saga familiale de Marco Tullio Giordana.

 

Nos meilleures années, de Marco Tullio Giordana © Océan Films, 2003

 

"A la fin, c'était l'ovation. Nous étions 800 dans la salle, et les gens se mettaient debout sur les sièges pour applaudir." Francis Girod n'a pas eu le même accueil en proposant son Enfance de l'art, en 1988. "C'est la première fois que je voyais le public se retourner contre un film", se souvient Peter Fondu. "Les gens riaient aux répliques, et en conférence de presse une journaliste a pris le micro pour dire au réalisateur "je voulais juste vous dire que votre film, c'était de la merde" et elle est partie."

Vaut-il mieux se faire massacrer par la critique ou être boudé du public ? Le Danois Bille August peut-il être réellement comblé d'avoir reçu la Palme d'or en 1992 alors qu'il détient encore 22 ans plus tard le record du plus gros flop d'une palme au box-office français ? Moins de 92.000 personnes ont suivi, cette année-là, le conseil de Gérard Depardieu, président du jury.

 

 

A l'autre extrêmité du Guinness Book, on trouve Henri-Georges Clouzot, dont le Salaire de la Peur et ses sept millions de spectateurs semblent indétrônables, en tête du classement des plus grands succès des palmes, ceci depuis 61 ans.

D'autres longs-métrages n'ont pas forcément brillé par leur nombre d'entrées mais par leur virtuosité. En 2002, le russe Alexandre Sokourov présentait en compétition un seul long plan-séquence de 90 minutes. Son Arche russe nous trimballait avec maestria dans les couloirs du musée de l'Ermitage pour revivre plusieurs siècles d'Histoire. "Le plus gros tour de force de mise en scène présenté à Cannes", dixit Peter Fondu.

 

L'Arche russe, d'Alexandre Sokourov © Celluloïd Dreams, 2002

 

Cette année-là, un jury présidé par Jean d'Ormesson était chargé d'établir le palmarès de l'édition 1939, programmée puis annulée par la déclaration de guerre. C'est à Cecil B. DeMille que revint la Palme pour son Pacific Express. L'Américain est devenu ainsi le seul réalisateur mort à recevoir la prestigieuse récompense.

 

Pacific Express, de Cecil B. DeMille © Paramount Pictures, 1939

 

Un record plus anecdotique est détenu par Paul Newman depuis 1973 : celui du plus long titre d'un film présenté en compétition. De l'influence des rayons Gamma sur le comportement des marguerites permit à Joanne Woodward de recevoir cette année-là le prix d'interprétation féminine. Quatre ans plus tôt, c'est avec le titre de film le plus court de cette même compétition que Jean-Louis Trintignant décrochait le prix d'interprétation masculine : Z, de Costa-Gavras.

 

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Photo de couverture : affiche officielle du festival de Cannes 2014

Reportage : Augustin Arrivé

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