Candy Crush m'a rendu folle

L'actualité numérique Jeudi 08 août 2013

Réécoute
Moi en train de jouer à Candy Crush (avant de me taper la tête contre un mur)
Je les vois. Partout. Dans la rue, dans mon sommeil, quand je ferme les yeux. Des bonbons de toutes les couleurs que je dois aligner au plus vite pour les faire disparaître. Comme des millions d'autres personnes, je crois bien être complètement accro au jeu Candy Crush.

 

Je suis accro. Et je suis pourtant une fille sérieuse, avec la tête sur les épaules. Je ne fume pas, ni tabac, ni cigarette électronique, ni crack, ni rien ; je ne bois pas, enfin pas plus qu'un Français moyen appréciant le vin. Mais ça, ça ! ça me rend dingo.

L'objet de l'addiction en question a en plus tout pour me faire rougir : je suis accro à un jeu débile à installer sur mobile. Un jeu pas même un peu malin, pas même un peu stimulant intellectuellement. Non. Il s'agit d'un jeu complètement con, qui consiste à aligner des bonbons. 

 

Le jeu du démon

Je m'appelle Andréa Fradin et je suis accro à Candy Crush, comme des dizaines de millions de personnes à travers le monde. Ce qui en fait le jeu le plus populaire sur Facebook, rappelle Slate, qui a osé mettre le doigt sur cette addiction. Candy Crush, c'est aussi une application qui réunit plus de 600 000 dollars par jour et 6 668 000 utilisateurs actifs. Oui, 6.6.6 : le jeu est frappé du chiffre de la Bête.

Installer cette application c'est en effet conclure -sans le savoir, évidemment- un pacte avec le diable. Son téléchargement est gratuit, son graphisme, comme son nom, rendent le tout fort inoffensif. Mais les apparences sont trompeuses. En réalité, tout est bien calculé pour que personne ne se rende compte que coller ce jeu sur un téléphone revient à ouvrir la porte des enfers, qui engloutira à coup une bonne part de votre temps, de votre énergie et de votre esprit. 

Candy Gold Rush

Le tout pour la plus grosse insulte jamais balancée à la face de l'évolution. Oui, après des centaines de milliers d'années, Homo sapiens utilise désormais son pouce préhenseur pour faire glisser des bonbons virtuels sur un écran tactile afin de les disparaitre en les regroupant par couleur, sur des lignes horizontales ou verticales. Trois bonbons mis en brochette s'éliminent instantanément. Mais l'objectif est qu'ils soient plus nombreux encore, afin d'obtenir des bonbons bonus. Quatre bonbons, c'est l'assurance d'un bonbon bonus qui neutralise toute une ligne. Cinq, c'est l'apothéose, le bonbon bonus ultime (qui en vrai a l'air un peu dégueu) qui éradique tous les bonbons d'une même couleur, zzzziiiioum !

Oui, j'en suis là. C'est méprisable, mais il y a pire. Au bout d'un moment, on se retrouve à payer pour faire ça. Quand bien même on a jamais dépensé un sou auparavant pour ce genre de mini jeux débiles, quand bien même on se répète en jouant : "non, non, je ne céderai pas". Mais en fait, une fois le crédit de 5 vies écoulé, difficile d'attendre les fameuses 30 minutes réglementaires qui permettre de remettre une vie (une seule!) au compteur. Surtout quand ce niveau 65 nous court sur le haricot et nous obsède depuis des heures et des heures. C'est là qu'on bascule : on cède, on refait le plein, car finalement, 89 centimes d'euros, ce n'est pas grand chose, si ? Ben si. Au final, on lâche certainement une bonne dizaine d'euros au jeu rien que les premiers jours -probablement mon cas, j'avoue ne pas avoir osé vérifier.

"Huuuum ! Deliciiiious !"

Il existe bien une alternative à cette ruine programmée. Mais elle consiste à harceler ses amis sur Facebook pour qu'ils daignent nous filer une vie, ou nous donner un coup de pouce pour progresser dans cette carte infernale de plus de 350 niveaux. Bref, de quoi ruiner aussi toute une vie sociale.

Je vis donc dans cette tension incessante, qui à chaque seconde, me susurre à l'oreille : "joue aux bonbons, Andréa !" J'ai des pulsions en pleine rue quand je vois trois voitures rouges qui pourraient être sur une même ligne et qui ne le sont pas. Dès que je ferme les yeux, je vois cette cascade de bonbons, qui s'alignent en se dandinant comme pour me narguer. J'essaie de les rassembler par la force de l'esprit, gnnniiii ! en plissant les yeux sous l'effort. Et évidemment, la voix d'acteur porno qui félicite chacun de mes bons coups sur Candy Crush me poursuit. "Huuuum ! Deliciiiious !"

Je crois qu'il serait vraiment bon que j'arrête. Mais vous voulez pas me donner une dernière vie avant ? 

SONS :

- "Je suis malaaaAAAaaade", interprétation culte de Lara Fabian

- "Sugar, sugar", The Archies, à fredonner en alignant ces foutus bonbons à la con. 

Andréa Fradin

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