Cacher sa grossesse sur Internet, c'est suspect

L'actualité numérique Mercredi 30 avril 2014

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Cacher sa grossesse sur Internet, c'est suspect
Sur Internet, une femme enceinte vaut bien plus qu'un individu "normal". C'est au moins le cas pour ses données personnelles. Une américaine en a fait l'amère expérience.

 

C'est une histoire assez dingue, et pourtant toute bête. Un conte moderne qui permet de saisir une bonne fois pour toutes ce que signifient concrètement ces concepts de collecte de données ou de publicités ciblées.

Ne le dis à personne

Une jeune prof de sociologie américaine, Janet Vertesi, a tenté pendant neuf mois de cacher sa grossesse aux publicitaires et aux marketeux de tout poil qui analysent constamment nos faits et gestes sur Internet. Concrètement, elle a tenté de ne laisser aucun indice sur Internet. Mais les données sont tracées partout et du coup, c’est un véritable casse-tête d’y échapper.

Et il y a pire: à force de tenter de vivre normalement sans laisser néanmoins d’indices sur sa grossesse, cette sociologue et son mari sont carrément devenus suspects et soupçonnés de comportement criminel.

Facebook et l'oncle un peu relou

La sociologue explique d’abord qu’il a fallu se couper de tout Internet. De tous réseaux sociaux en particulier: rien sur la grossesse ne devait transparaître sur Facebook, Twitter ou ailleurs.

Elle raconte notamment comment elle a dû fliquer ses proches pour ne pas avoir de messages de félicitations, de photos d’elle taguée avec un petit ventre. A tel point qu’elle a même dû bannir un de ses oncles, vous savez le tonton qu’on a tous et qui fait une boulette sur notre mur. C’est ce qui est arrivé: il l’a félicité pour l’heureux événement et il s’est retrouvé dégagé de la liste d’amis.


Elle raconte même avoir dû fliquer ses messages privés car oui, ils ne sont pas privés pour Facebook qui va jusqu’à analyser les messages que vous êtes en train d’écrire, et ce même si vous ne les envoyez pas.

Difficile anonymat

La jeune femme dit aussi pouvoir recevoir, je cite, “un prix pour l’utilisation la plus créative du navigateur Tor”. Alors Tor, c’est quoi ? On ne parle pas du grand blond avec son marteau mais d'un outil qui permet d’aller sur Internet masqué, en quelque sorte. Vous en avez peut-être entendu parler dans des reportages qui font un peu peur, sur la vente d’armes ou de drogues sur le réseau. C’est pas totalement faux, Tor peut être utilisé aussi par des réseaux criminels mais il est aussi indispensable pour les dissidents des régimes autoritaires.

On en est donc là: une femme enceinte doit emprunter les mêmes outils que des dissidents politiques pour échapper au ciblage publicitaire et aller sur babycenter.com.

Compliqué sur Internet, mais aussi dans la vraie vie

Il n'y a pas qu’Internet qui pose problème. Les grandes surfaces avec leur carte de fidélité et votre carte bancaire, les opérateurs téléphoniques avec vos appels, les banques avec vos opérations, savent déjà tout de vous !

Du coup, pour ne pas être suivie à la trace, elle explique avoir multiplié les achats en cash. Notamment de cartes cadeaux fournies par le site Amazon. Et c’est là qu’elle est devenu suspecte.

Un jour, son mari a voulu utilisé une de ses cartes pour acheter une poussette… et le vendeur lui a dit je cite “avoir l’obligation de signaler des transactions excessives de ce genre aux autorités”.

Deux enseignements donc:

  • Pour bien protéger des infos personnelles, il faut obligatoirement sortir des sentiers battus du web.
  • Ce comportement est aujourd’hui vu non seulement comme subversif, littéralement a-normal, mais carrément comme suspect.


De quoi vous faire méditer la prochaine fois que vous ouvrirez Facebook.


 

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Crédit Photo CC FlickR :

PaternitéPas de modification Certains droits réservés par josemanuelerre

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