Bestiaire fantastique des voyageurs

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Bestiaire fantastique des voyageurs
Nous n’avions pas attendu la psychanalyse pour savoir que notre imagination est le système immunitaire de notre inconscient psychique. Passage en revue avec le "Bestiaire fantastique des voyageurs".

Du mythe à la réalité, et vice versa

Il suffit, pour s’en convaincre, de se plonger dans la mythologie grecque : chaque créature semble avoir été inventée pour incarner, prévenir ou déjouer les grandes peurs collectives : c’est le phénix, « symbole solaire de renaissance sans fin, d’éternel retour » ou la sirène, mortelle tentatrice, « symbole de la domination de la femme sur l’homme ».

Mais ces trésors de l’Antiquité ne sont pas les seuls à peupler les pages du Bestiaire fantastique des voyageurs. L’équipe de spécialistes et d’universitaires réunie par Dominique Lanni pour rédiger ce dictionnaire est allée puiser ces « créatures légendaires, mythiques, improbables et parfois même affreusement réelles » dans différentes sources. Folklore populaire, bestiaires médiévaux, sommes savantes, crypto-zoologies, récits de voyages, fictions et bandes-dessinées, traités d’histoire naturelle…  

A première vue, l’index de l’ouvrage peut surprendre. On y trouve indifférement le gorille et les Gorgones, la tortue et la tarasque, l’éléphant et l’elfe nocturne…

Pour Dominique Lanni, ce n’est pas tant le caractère fictif des animaux qui commande aux entrées de cette encyclopédie. Ce qui compte, contrairement à la science-fiction, c’est que ces créatures aient été décrites comme réelles lorsqu’elles furent inventées.

 

 

Car la frontière entre le réel et l’imaginaire est régulièrement franchie, voire brouillée. Dans de nombreux récits d’aventuriers, les crocodiles et les reptiles deviennent des dragons. Ils motiveroont plusieurs expéditions, et deviendront l’objet d’un commerce douteux :

 

 

Inventés pour manipuler

D’autres fois, comme pour la bête du Gévaudan, on a recours au fantastique pour justifier de phénomènes réels, mais inexpliquables.

Ou bien c’est pour peupler des terres inconnues que savants et cartographes imaginèrent certaines créatures, comme ce fut le cas en Afrique :

 

 

En plus d’explorer les fantasmes et le peurs de l’histoire de l’humanité, ce Bestiaire fantastique des voyageurs propose aussi une certaine grille de lecture de la conquête du monde. C’est à cause des débarquements hollandais sur l’île Maurice que le dodo s’est éteint, chassé puis mangé par des navigateurs affamés.

Et c’est grâce à la science que ce même dodo pourrait bien s’arracher des limbes animales pour nous revenir en chair et en plumes :

 

 

Idem pour le Jurupari d’Amazonie (« bouche fermée » en tupi-guarani). Cet élément cauchemardesque mais fondamental des cultures indiennes sera utilisé par les colons européens pour dénoncer la sauvagerie païenne des Amérindiens : « s’ils avaient une forme d’adoration qui soit, étant donnée que celle-ci n’est pas connue, ce serait celle du diable, à qui ils donnent le nom Juruparim », rapportait Fernandes Brendão dans Diálogo das grandezas do Brazil en 1618.

 

Mais le plus grand plaisir de ce Bestiaire ne relève pas de cet éclairage historique ni de sa fonction cathartique. Feuilleté ou dévoré, ce cabinet de curiosité est d’abord un ouvrage poétique grouillant de mondes oniriques.

 

 


 

 

Photo : Salomé Kiner

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