Best-of: Emmanuel Todd et Philippe Garnier

Plan B (best of) Lundi 02 janvier 2012

L'oreille d'un sourd, un livre de Philippe Garnier, publié aux éditions Grasset.

« L’Oreille d’un sourd » était le nom d’une chronique qui paraissait dans Libération durant les années 80. L’expression reflétait à la fois la vocation de dénicheur farfouilleur du journaliste, et son fonctionnement pour le moins atypique au sein d’un journal qui ne l’était pas moins. Des articles hors norme, de longueur variée, sur des sujets variés eux aussi, comme d’obscurs festivals de cinéma, des faits divers à Los Angeles, des portraits d’écrivains oubliés et non publiés en France, des chanteurs pas encore célèbres. C’est cette relation, basée sur un qui pro quo de départ, que Garnier raconte au fil de ce livre : des balades au Wyoming dans des villes minières, une saga industrielle sur les chaussures Doc Martens, un retour sur Sunset Boulevard, un Mundial de foot au Mexique, une folle Mostra de cinéma à Venise, etc. Un regard particulier, amusant mais aussi révélateur sur l’évolution d’un quotidien que beaucoup ont longtemps tenu en affection et celle tout aussi cocasse parfois d’un journaliste au fonctionnement singulier et irrégulier.

L'origine des systèmes familiaux, un livre d'Emmanuel Todd, publié aux éditions Gallimard.

On connaît les apports décisifs d’Emmanuel Todd à l’anthropologie, particulièrement au rôle des types familiaux dans le temps. Au commencement, il y eut la volonté de montrer que la diversité des structures familiales traditionnelles explique les trajectoires de modernisation. Ainsi, la carte du communisme recouvrait-elle celle de la famille communautaire, associant l’autorité du père à l’égalité des frères ; la famille nucléaire absolue anglaise, libérale pour ce qui concerne les rapports entre parents et enfants mais indifférente à l’idée d’égalité, fut le substrat nécessaire aux développements de l’individualisme et du libéralisme politique anglo-saxons ; la famille nucléaire égalitaire du Bassin parisien, structurée par les valeurs de liberté des enfants et d’égalité des frères, légitimait l’idée a priori d’une équivalence des hommes et des peuples ; la famille souche, système fondé sur l’autorité du père et l’inégalité des frères, fut en Allemagne et au Japon le socle d’idéologies ethnocentriques dans le contexte de la transition vers la modernité. Pour autant, comment expliquer cette fragmentation de l’espèce humaine, sinon en remontant à l’unicité originaire, si elle avait jamais existé ?

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