Beastie Boys & Girls

L'édito Mardi 26 novembre 2013

Réécoute
Dernières diffusions
Beastie Boys & Girls
Les Beastie sont un peu mécontents après une vidéo plebiscitée par les internautes, et ils en prennent plein la tête, du coup. Sympa.

 

La vidéo est super sympa. C'est vrai. Trois petites filles lassées des dessins animés débilos qu'on leur sert à longueur de programme décident de retourner la maison avec inventivité. C'est drôle, c'est chou, c'est malin et ça cartonne: huit millions de vues sur YouTube pour cette pub signée par l'entreprise GoldieBlox, qui y promeut ses jouets féministes sensés préparer les cerveaux des futures scientifiques.

Un but honorable, c'est clair. Mais il y a un hic.

 

Le hic, c'est que tout cela se fait au son d'une reprise des Beastie Boys aux paroles détournées. L'original, "Girls", tiré de l'album culte Licensed to Ill, n'est pas, en effet, un modèle de féminisme. C'est une pochade à base de "hey, les filles, venez faire la vaisselle et ranger ma chambre", de la provoc' digne des petits punks que les Beastie étaient encore à l'époque.  

GoldieBlox a changé le tout en "les filles construisent des navettes spatiales", "les filles développent une nouvelle appli", bref, en un message positif. Très bien. Sauf qu'à aucun moment il n'a été demandé au groupe son autorisation.

 

C'est là que ça coince. D'autant plus que les Beastie n'autorisent pas l'utilisation de leur musique dans des publicités. Encore moins depuis le décès l'an passé d'Adam Yauch, l'un des membres du trio, qui a fait expressément inscrire cette clause dans son testament. Du coup, les Beastie s'en émeuvent auprès de l'entreprise, qui répond en les assignant en justice pour faire reconnaître son droit à la parodie, arguant du fait qu'elle souhaitait justement dénoncer le caractère outrageusement sexiste de "Girls".

Les Beastie ont répondu par une lettre ouverte, dans laquelle ils saluent le message et l'inventivité de l'entreprise, tout en maintenant sa position: sa musique ne sert pas pour de la pub, parce qu'au delà de toutes les bonnes intentions de GoldieBlox, il faudrait voir à ne pas oublier que ça n'est pas une ONG, et qu'elle est bien là pour vendre ses produits.

C'est joli, mais c'est pas gratuit. 

 

On en est là. On attend de voir ce que dira la justice. Pour le moment, le procès se tient d'abord dans les médias, où l'on est apparemment plutôt en faveur du camp GoldieBlox. Limite, les Beastie Boys passeraient pour d'odieux et cupides sexistes.

Personne ne prend la peine de mentionner qu'Ad Rock, l'un des membres fondateurs, vit depuis 15 ans avec Kathleen Hanna, riot grrrrl devant l'Eternel, militante féministe punk, ancienne membre de Bikini Kill et de Le Tigre, qui n'a pas l'air d'être du genre à tolérer les machos. Ni que, finalement, refuser toute exploitation publicitaire de sa musique, ça n'est pas forcément moins honorable que de vouloir changer le monde avec des jouets à trente dollars la boîte.

 

Thomas Rozec

 



 

> Tous les éditos de Thomas Rozec

> Abonnez vous au podcast, RSS et iTunes

Commentaires