Au Brésil, la rue distribue les cartons rouges

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Lundi 27 janvier 2014

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Au Brésil, la rue distribue les cartons rouges
A moins de six mois du coup d'envoi, les Brésiliens hostiles aux dépenses faramineuses engagées pour le Mondial de football sont à nouveau descendus dans la rue samedi. Depuis juin dernier, les slogans n'ont pas changé : "dépensez l'argent autrement".

Comme en juin dernier, l'appel à la mobilisation s'est fait sur les réseaux sociaux. Comme en juin dernier, les slogans disent que la Coupe du Monde n'aura pas lieu. Au milieu des masques d'Anonymous et des black blocs, un manifestant déguisé en Batman est devenu la mascotte des contestataires.

 

Notre pays dépense des milliards pour une Coupe du Monde qui sera la plus chère de l'histoire. C'est le contribuable qui va payer tout ça. Ce qui nous révolte, c'est que la santé publique est misérable, l'éducation est en faillite, les transports publics sont trop chers et cahotiques. Le Brésil, ce n'est pas les sept merveilles, ce n'est pas le pays du Carnaval, ni celui du football. C'est un pays à l'abandon.


 

Batman défend la justice sociale / cc Flickr, Mariana Mansur

 

Un groupe Facebook baptisé Anonymous Rio, masque de Guy Fawkes en évidence, rassemble ces protestataires. 176.000 membres ce lundi. Le week-end dernier, ils ont manifesté dans trente-six villes du pays. Cortèges diversement étoffés mais invariable colère. "On n'est pas contre le football", explique Anderson. "On est contre la coupe du monde. Grace à nous, il n'y aura pas de Mondial, on en a la certitude."

Scénario peu probable au vu des sommes déjà engagées. Mais sur twitter, le hashtag #naovaitercopa ("il n'y aura pas de coupe", en portugais)prend de l'ampleur. Alexandre, professeur présent dans le défilé carioca est persuadé qu'il y aura beaucoup d'autres journées de mobilisations. "On ne s'arrêtera pas là, malgré la guerre psychologique que nous livre la police."

 

Vidéo de propagande militante du groupe Anonymous Brazil, contre la tenue du Mondial 2014

 

Les politologues brésiliens, comme Roberto Leer, professeur à l'université fédérale de Rio, estiment que l'élection présidentielle prévue également cette année va renforcer l'agacement. "2014 au Brésil va être très chaud, parce que cette coupe représente tout ce que la population ne supporte plus : un spectacle et des travaux qui ne profiteront qu'aux riches, pendant que les droits sociaux de base sont laissés de côté."

Prochaine jauge de cette colère : le célébrissime carnaval de Rio, fin février, qui risque, à son tour, d'être placé sous très haute surveillance.

 

Un docu sur cette colère est en préparation. Soutenez les étudiants de l'IJBA (l'école de journalisme de Bordeaux) via Ulule pour que ce projet se concrétise. Plus d'infos ici.

Et ce soulèvement populaire n'est pas le meilleur atout touristique du pays. Un reportage d'Elodie Touchard à réécouter par .

 


Photo de couverture : compte facebook d'Anonymous Rio

Reportage : Elodie Touchard

Mise en page : Augustin Arrivé

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