Attila Ambrus

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Attila Ambrus
Prenez votre complexe d’infériorité, roulez-le en boule, glissez-le dans votre slip et passez à l’action. La méthode est d’Attila Ambrus. Elle paie, puis se paie, très cher.

 

Lorsqu’il se fait coffrer en 1999, après six ans d’une traque ubuesque, Attila Ambrus est une star en Hongrie. Les manifestations de soutien et les articles élogieux pleuvent sur Budapest. Il inspire même une chanson à son copain Ganxsta Zolee:


Jérôme Pierrat, spécialiste du crime organisé, s’est penché sur les raisons de son succès :


Tranquillement installé à l'ombre, le "voleur au whisky" reçoit son fan-club au parloir et sirote du Johnny Walker. Six mois plus tard, il se fait la malle accroché à un cordage de draps et de câbles téléphoniques.

 

Plus que le récit détaillé de ses 27 braquages amateurs, La Ballade du voleur au whisky, du journaliste Julian Rubinstein, est la chronique d’une époque.

Attila Ambrus,  c’est l’histoire d’un paria géopolitique qui voulait faire son trou dans un système vérolé. Lorsqu’il naît à Fitod en 1967, il ne fait pas bon être Magyar en Roumanie. Abandonné par sa mère, battu par son père, Attila passe la frontière accroché sous un train.

Arrivé à Budapest en 1988, le Transylvanien ne trouve pas l’accueil chaleureux qu’il espérait. Son accent rupestre et ses manières canailles lui valent le surnom de "clochard" dans le club de hockey où il aligne des performances lamentables, mais fait preuve d’une remarquable détermination.

En attendant, il pateinte en vain de pouvoir monnayer sa naturalisation hongroise, et enchaîne les petits boulots : fossoyeur, trafiquant de peau, VRP en stylos plumes, gardien d’immeuble…

 

 

Sauf qu’à l’époque, la Hongrie ressucite des décombres du communisme, et se jette avec fougue dans les bras prometteurs du mirage capitalsite. Le pays se partage entre inflation et corruption, et tous les efforts d’Attila, " la Panthère" de l’UTE ne suffisent pas à boucler ses fins de mois. Le pas du braquage est franchi :

 

"Elégant", "poli", "athlétique", "agile", "courtois", Attila va s’inventer un profil de gentleman cambrioleur. Il offre des fleurs à ses victimes, baise la main des guichetières et signe ses braquages à l’intention des policiers.

Dans le théâtre morbide des pillages d’Etat et du grand banditisme, il fait figure de doux voyou. Les policiers le traquent en vain; Les seules traces qu’il laisse sont les volées de doubles-whsiky qu’il s’enfile au bar du coin avant chaque razzia.

Mais les temps changent vite, et "le voleur au whisky" fera les frais des avancées technologiques en matière de sécurité. Il s’était habitué aux bureaux de poste décharnés et aux employés conciliants. Il va découvrir les caméras de surveillance, les coffres-forts et les vigiles armés.

A grands renforts de détails et d’anecdotes, l’enquête fleuve de Julian Rubinstein raconte les débuts , l’apogée et la chute de cet anti-héros folklorique :

 

Biographie compassionnelle et page-turner policier, La Ballade du voleur au whisky, fait d’ Attila est un bad boy attachant.

Amoureux sensible et camarade honnête, c’est aussi un buveur invétéré et un solitaire impulsif. Malin au réveil, stupide au couché, il avance cahin-caha dans la jungle post-communiste des années fric d’Europe Centrale. A lire ses pérégrinations, on se surprend souvent à penser (en tous cas jusqu'à l'épilogue) qu’à sa place, on aurait sûrment fait la même chose. 

 


 

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