Afro !

la leçon de S(tyle) (2015-2016) Mercredi 18 novembre 2015

Réécoute
Afro
Les cheveux crépus, c'est l'équivalent d'une brosse : quand il y a de la poussière, ils ramassent tout. Pire, c'est une histoire vraie, j'ai cassé un peigne en plastique dans mes cheveux ! Mais pour rien au monde, je ne m'en débarrasserai.

Est-ce que quelqu’un a déjà touché vos cheveux par curiosité ? Est-ce que quelqu’un a déjà essayé de coincer une fourchette, un couteau ou un stylo dans vos cheveux, par curiosité ? Si oui, vous devez avoir les cheveux crépus ou frisés. 

Professeur de lettres, Fatima Aït Bounoua a longtemps eu les cheveux lissés mais ça c'était avant..., par Brigitte Sombié

Ce n'est pas un drame

Accompagnée de la photographe Brigitte Sombié, la journaliste Rokhaya Diallo publie  " Afro ! 100 portraits ". La militante traite de la question des cheveux crépus à travers un angle inédit : quel rapport des personnalités, connues ou inconnues, entretiennent avec leurs cheveux crépus ou frisés ?

Les coupes peuvent être après complètement différentes. L'idée est venue naturellement parce que j'ai les cheveux crépus. ça fait longtemps que je m'intéresse à la beauté et de la représentation de la beauté notamment des femmes qui ne sont pas blanches. Ca m'est vraiment comme un sujet évident en me baladant à New York, notamment à Brooklyn, dans un quartier en train de s'embourgeoiser. Dans ce quartier, il y a une classe moyenne afro-américaine présente et visible dont une grande partie, les intellectuels et les artistes portent les cheveux naturels et ça m'a renvoyé en France dans mon propre entourage. Je connais pas mal de personnes qui portent des locks, soit des coupes afros... Des cheveux naturels mais je n'ai pas l'impression qu'on les voit souvent dans les médias 



Vous l'avez compris, cette compilation de portraits est Nappy ( " crépus " en anglais ). Cela fait une dizaine d'années que la tendance existe aux Etats-Unis. Le phénénomène gagne du terrain en France surtout depuis que les femmes et les hommes se sont rendus compte que des produits pour le soin de cheveux non adaptés  ou que l'utilisation intensive de défrisant détruit à terme le cuir chevelu et/ou le cheveux :

Les cheveux crépus et frisés sont un trait distinctif particulièrement opprimé surtout chez les femmes. Si l'on pense aux femmes noires, les plus connues dans le monde, Beyoncé, Michelle Obama, Oprah WInfrey... toutes ont les cheveux lissés ou portent des extensions. En tant que modèles, on a pas tellement de femmes noires qui portent les cheveux naturels. Bien sûr, je n'ai rien contre le défrisage ou les extensions : je veux juste que les cheveux frisés retrouvent une place dans l'esthétique qui soit valable et valorisée

 

Le danseur Bolewa Sabourin assume sa coupe de cheveux parfaitement travaillée, par Brigitte Sombié

 

Avouons-le, naturels ou défrisés, on ne se pose pas la question de notre rapport aux cheveux mais parfois porter les cheveux crépus ou frisés peut devenir un acte militant :

Evidemment que lorsqu'on est noir, on peut s'identifier à qui l'on veut. Mais quand on est noir, asiatique ou arabes, il n'y a pas forcément des gens à qui l'ont peut s'identifier dans les médias ou dans le cinéma. Les rares personnes qui sont médiatisées ne portent pas les cheveux naturels. Ca rend les choses plus difficile en terme d'acceptation de soi et clairement c'est de la responsabilité des médias. On ne va pas vous le dire clairement, il suffit de voir les réactions qu'on suscité l'afro d'Audrey Pulvar


 

S'occuper de ses cheveux crépus

Malgré tout, les marques ont flairé le filon. Elles se lancent dans la vente de produits afro que ce soit dans les grande surfaces ou dans les magasins spécialisés sur la question. Chaque année, les femmes noires dépensent près de 1000 euros pour sa beauté (dont 216 euros pour les cheveux) soit 4 fois plus que la femme caucasienne . Néanmoins, il existe quelques astuces pour ne pas exploser son compte en banque.

 

Aujourd'hui, je les entretiens avec des produits naturels. Beurre de karité, des crêmes. C'est drôle, parce que tous les produits qu'il y avait chez mes parents quand j'étais petite et que je trouvais déguelasse, je me suis rendue compte qu'il y avait une richesse dans la pratique que je négligeais complétement. Mais je ne fais pas grand chose. J'ai surtout une bonne coiffeuse, ça aide à réconcilier avec sa texture et à apprendre aussi ce qui nous va ou non. Après, ça n'empêche pas de déplorer qu'aujourd'hui, dans le CAP coiffure, l'obligation de coiffer le cheveux crépu n'existe. Concrètement, cela veut dire que si on veut apprendre à coiffer le cheveux crépus en France : c'est une option facultative. 


 

Selon moi, ce livre de Rokhaya Diallo est aussi important que celui de Juliettte Sméralda " Peau noire, cheveux crépus : l'histoire d'une aliénation " ou des blogs comme Fashizblack ou Ghubar. Au delà du cheveux ou de la beauté au sens large "Parler de beauté, c'est surtout parler d'image et d'estime de soi* "


* Citation d'Aline Tacite, co-fondatrice du salon " Boucle d'Ebène ", le 15 juillet sur Madame Figaro.


Crédits photos : Brigitte Sombié

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