Aborigènes taïwanais contre déchets nucléaires

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Mercredi 25 juin 2014

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Aborigènes taïwanais contre déchets nucléaires
A 6000 km de l'Australie, Taïwan abrite des communautés aborigènes installées depuis des centaines d'années. Au sud de l'île, les "Païwan" redoutent un projet de site d'enfouissement nucléaire qui doit s'implanter à deux km de leur communauté.

Pour se rendre à Nantian, petit village de 400 habitants dans le département de Daren, il faut plus d’une heure de voiture depuis Taitung, la ville la plus proche, sur une route nationale au bord de l’océan Pacifique. Ici, les habitants sont en majorité des Païwan, l'une des 16 tribus aborigènes à Taïwan.

A l’origine, ils vivent traditionnellement, de la culture de la patate douce et du Taro, des spécialités locales. Avant 2008, beaucoup d’entre eux n’avaient jamais entendu parler de l’énergie nucléaire, encore moins de déchets radioactifs. Jusqu’à ce que les autorités locales leur proposent d’accueillir un site de stockage dans leurs collines.

En tant que chef de notre tribu, si les déchets nucléaires arrivent ici, j’aurai honte en regardant nos ancêtres dans le ciel. Et puis que vont dire de moi les générations futures ? Tout le monde va me critiquer. Ma priorité, c’est notre communauté.


Vouvou, la chef d'une communauté Païwan installée dans le village de Nantian © Clément Robin
  

Pour tenter de convaincre les habitants, Taipower propose une compensation financière de 5 milliards de dollars taïwanais, soit 120 millions d’euros. Cette indemnité bénéficierait à tout le département de Da Ren, où est situé Nantian. Selon le secrétaire départemental, cela permettrait de développer des infrastructures comme des écoles, et de dynamiser une économie locale en berne.

Dans notre département, nous avons besoin d’aide au développement. [...] Si le projet est voté, nous recevrons une importante somme d’argent en compensation, ce qui serait positif pour nous. En revanche, ce qui nous inquiète c’est la sécurité. Car s’il y a un accident, les générations futures en paieront les conséquences et cette belle terre que nous cultivons pourrait être polluée.


Bao Shi-jing, un Païwan secrétaire départemental de Daren, où est situé Nantian © Clément Robin

  
Finalement, un référendum devrait être organisé pour décider de la construction ou non du site de stockage. En attendant, depuis une trentaine d’années, près de 100 000 barils de déchets faiblement radioactifs sont toujours stockés sur l’île des Orchidées, à une soixantaine de kilomètres au large de Nantian, aux portes d’une autre communauté aborigène.

Reportage, photos : Clément Robin. Edition : Sébastien Sabiron

 



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