A Sotchi, la presse va-t-elle pouvoir bosser ?

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Vendredi 10 janvier 2014

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Sotchi : la presse pourra-t-elle bosser ?
Dans un mois, nous vivrons les Jeux olympiques de Sotchi, en Russie. Une ville impatiente d'accueillir le monde, mais où l'information a du mal à circuler librement. La presse locale est muselée, "encouragée" à ne pas aborder les nombreuses polémiques qui entourent ces Jeux.

 

Yann Bertrand, envoyé spécial de Radio France, s'est rendu en bobsleigh jusqu'à Sotchi. Sur place, les journalistes ne sont pas très rassurés. Témoignages en cliquant ci-dessus.

 

Sotchi, station balnéaire au bord de la mer Noire, prisée par la nomenklatura russe depuis des décennies, fait plutôt figure de "bonne élève" dans le paysage médiatique du pays. Une fois dit cela, exercer son métier de journaliste de manière indépendante s'y avère tout de même très compliqué.

Les médias locaux - télévision (Maks TV), radio et presse écrite (Narodnaïa Gazeta Sochi...) - et nationaux (Ria Novosti, Russia Today...) sont soumis à une forme de "censure douce" de la part des autorités municipales. En lien constant avec les rédactions, le service communication de la mairie n'hésite pas à décrocher son téléphone pour critiquer le travail d'un journaliste. Le cas échéant, le système de subventions accordées aux médias permet de récompenser les plus"coopérants". Et comme "la plupart des médias sont dans une situation financière très compliquée", selon Johann Bihr de Reporters sans frontières, la critique a tendance à s'éteindre.

 

              Le centre d'accréditation pour les journalistes est déjà prêt © Radio France Yann Bertrand

 

Plus que tout, la critique des Jeux olympiques, grande oeuvre de Vladimir Poutine, reste très difficile. Pas impossible cependant, mais les médias qui s'engagent dans cette voie doivent s'attendre à en subir les conséquences, financières principalement.

Il existe cependant des journaux indépendants, certains basés dans la ville de Krasnodar, capitale de la région. C'est le cas par exemple deMestnaïa ou de Novaïa Gazeta Kubani, qui doivent trouver des financeurs privés. Le journal Tchernomorskaïa Zdravnitsa a fait les frais de cette censure ; il a fermé après une longue bataille. Son ancien rédacteur en chef, Sergey Belov, le reconnaît : "Parfois nous étions obligés d'accepter des commandes".

 

Sergey Belov, ancien rédacteur en chef de Tchernomorskaïa Zdravnitsa © Radio France Yann Bertrand

 

Dans ces conditions, la critique des Jeux olympiques et leurs conséquences sur le quotidien des habitants de Sotchi passe principalement par Internet et les réseaux sociaux. Le blog d'Alexandre Valov, BlogSochi, en est un parfait exemple, même s'il ne revendique pas une ligne 100 % critique. Autre exemple, le site Caucasian Knot, qui n'hésite pas à traiter des sujets tabous.

Une histoire à elle seule résume les difficultés d'exercer son métier de journaliste en toute liberté : celle de Nikolay Larst. En mai dernier, il rentrait en voiture, avec son caméraman, d'un entretien avec une personne impliquée dans une affaire tragique de garde familiale. Une interview qui mettait en lumière les incohérences de l'enquête de l'époque. Sur l'autoroute, une patrouille de police l'arrête et lui intime l'ordre de sortir du véhicule. A sa grande surprise, un paquet de drogue est retrouvé sur le siège arrière.

 

La Voix de la Russie, média d'Etat russe, aime beaucoup les journalistes "grouillots" français

 

En tout, Nikolay Larst, qui n'a jamais eu accès à son dossier et à des éléments-clés, aura passé quatre mois en résidence surveillée, clamant son innocence. Pour lui aujourd'hui, "le journalisme se meurt petit à petit en Russie".

En novembre dernier, deux journalistes norvégiens, à Sotchi pour enquêter sur les préparatifs des Jeux olympiques, ont passé plusieurs heures en garde à vue, harcelés par les policiers. Ils ont ensuite reçu les excuses des autorités.

 

Sotchi se prépare aux Jeux, un dossier de Yann Bertrand à retrouver chez nos confrères de franceinfo.fr.

Et partez à la rencontre de Samir Azzimani, skieur qualifié pour les J.O. de Sotchi. Son portrait est disponible en cliquant ici.

 


 

Illustration de couverture : © Reporters sans frontières


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