A la morgue ou au resto

Rien à voir Lundi 16 juin 2014

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A la morgue ou au resto
Ce week-end, Le Parisien faisait sa une avec le titre suivant : "Jeu mortel sur le réseau social". Allons bon, on savait déjà que Facebook nous rendait un peu con, et bien maintenant il peut nous tuer !

 

Ce week-end, Le Parisien faisait sa Une avec le titre suivant : Jeu mortel sur le réseau social.

De quoi s'agit-il ? De ces défis que les internautes s'envoient les uns aux autres. On avait déjà parlé des Neknominations, ces incitations au binge drinking qui, en gros, se résumait à ça :

"Je me filme, comme un con, en train de boire, comme un trou, et je te nomine pour que tu fasses pareil."

Bref, un truc assez subtile.

 

 

Un défi débile

Il semblerait que la nouvelle mode, c'est le défi "à l'eau ou au resto", on se filme en train de se jeter à l'eau quelque part: dans la mer, dans une rivière, une mare, une piscine, une douche... A priori c'est quand même moins trash et plus sympa que le coma éthylique sauf qu'il s'est trouvé un jeune homme pour se briser les vertèbres à un endroit où il n'y avait pas assez d'eau, et un autre, la semaine dernière, pour se noyer dans une rivière.

 

Ca c'est passé en Bretagne. Le jeune garçon avait 19 ans. Il s'est élancé d'un ponton en vélo, sauf qu'il n'avait pas envie de perdre sa bécane et l'a donc attaché ... à son pied.

Idée lumineuse, le poids du deux roue l'a entrainé vers le fond et il s'est noyé, devant deux copains. Dont l'un filmait la scène, puisqu'a priori c'était censé faire une super vidéo à poster sur Facebook.

 

 

Alors maintenant c'est parti, les élus locaux se désolent de ces défis lancés sur le net et appellent à sensibiliser les jeunes sur les dangers du phénomène : "il faut que ça serve d'exemple" nous dit-on .

La gendarmerie a même rebaptiser le défi "à la morgue ou au resto". Oh comme c'est fin...

Alors c'est sur que c'est très moche, très triste, et que les deux jeunes qui ont assisté à la noyade doivent être sacrément traumatisés, mais quel rapport avec Facebook ?

Un accident

En réalité ça ne s'appelle ni plus ni moins qu'un accident, et pour le coup les réseaux sociaux n'ont pas grand chose à voir là dedans.

Par exemple, il y a un autre défi qui circule en ce moment sur le net, c'est le fameux défi " 30 jours". Là, c'est plutôt destiné aux femmes qui souhaitent avoir un ventre plat avant l'été. Soit un truc à peu près du même niveau intellectuel que "à l'eau ou au resto", les calories en moins.

L'idée c'est de se mettre en position gainage, tous les jours, et on est censé être motivée par le fait qu'il y a des milliers d'autres bouffones qui sont en train de faire la planche en même temps que nous. Bon....

Si il y en a une qui se fait une déchirure musculaire, qu'on n'aille pas dire que c'est la faute de Facebook.

 

 

Rites initiatiques

Les ados font pleins de trucs marrant dont ils se souviendront toute leur vie, et aussi pleins de conneries qui peuvent très mal finir. Et ils n'ont certainement pas attendu les réseaux sociaux pour ça. La véritable question, c'est plutôt "est-ce que le fait que ce soit viral rend cette propension naturelle plus dangereuse ?"

C'est vrai que les défis dépassent rapidement l'horizon du groupe d'amis, pour se propager à l'échelle nationale et même internationale parfois. Evidemment on peut se dire que ça peut donner des idées à des gamins qui, sans ça, n'auraient jamais pensé se jeter dans l'eau avec un vélo attaché à la jambe, mais on peut aussi prendre l'argument à l'envers: en général ce qui calme un peu c'est quand quelqu'un dans son entourage a un accident.

Celui qui s'est pris un platane en voiture, celui qui est tombé du toit parce qu'il était à deux grammes, etc... Ca aussi ce sont des évènements qui impriment leur marque pour toute la vie et qui peuvent amener à faire un peu plus gaffe à sa peau.

On peut donc penser qu'un ado qui apprend l'histoire du jeune breton sera touché par la nouvelle sur le mode "merde alors ! On habite à 800 km l'un de l'autre, on a relevé le même défi, sauf que lui il est plus là pour le raconter". Cela peut faire son petit effet aussi.

Dans tous les cas il y a suffisamment d'excellentes raisons d'en coller plein la tronche à Facebook, pour ne pas perdre de temps avec ces faux procès.

 


 

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Crédit Photo CC FlickR :


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