343 Blaireaux

L'édito Mercredi 30 octobre 2013

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343 Blaireaux
343 Blaireaux : sur le modèle du manifeste pro-avortement des "343 salopes", publié en 1971 par le Nouvel Observateur, "343 salauds" ont signé une tribune contre la pénalisation des clients de prostituées, dans le prochain numéro du magazine Causeur.

 

Hier soir, à 21h51 précises, les Français ont vécu une expérience troublante et dérangeante dont ils ne se remettront probablement jamais : ils ont découvert qu’Eric Zemmour avait peut-être une sexualité.

 Et qu’il avait également un avis sur la prostitution, mais ça, on s’en doutait déjà un peu. Eric Zemmour est en effet l’un des signataires du Manifeste des 343 salauds et de la pétition qui va avec et qui s’appelle Touche pas à ma pute.

Parmi ces 343 salauds, on trouve aussi l’éditorialiste du Figaro Ivan Rioufol, l’avocat de DSK Richard Malka, Monsieur Frigide Barjot, alias Basile de Koch, ou Nicolas Bedos, humoriste et chroniqueur dans le féminin Elle.

Tous ont décidé de protester contre une proposition de loi déposée par une député socialiste le 14 octobre dernier, qui préconise de pénaliser les clients de prostitués. Et Libération a révélé que ce manifeste, né sur une idée de Frédéric Beigbeider, sera publié la semaine prochaine dans Causeur, le mensuel dirigé par Elisabeth Lévy.

 

Et ça, ça mérite déjà quelques explications pour tous ceux qui ont jusqu’à maintenant vécu dans la douce ignorance de ce que sont Causeur et Elisabeth Lévy. Causeur, c’est un magazine dit "d’opinions", à coté du quel Valeurs Actuelles peut faire figure de fanzine troskyste.

Il est dirigé par Elisabeth Lévy, journaliste, polémiste et essayiste qui est régulièrement invitée sur les plateaux télé pour éructer sur l’immigration ou la laïcité. Et si Jean-François Copé nous avait aimablement alerté sur les petits musulmans voleurs de viennoiseries, Elisabeth Lévy, elle, s’est déjà insurgée contre le risque de pénurie de pâté Hennaf. 

 

 

Ceux qui connaissent un peu Elisabeth Lévy et qui peuvent la visualiser savent que si elle a été privée de rillettes, elle a néanmoins réussi à mettre la main sur le cubi de rosé. 

 

 

Mais après la défense de la filière de la viande porcine, Elisabeth Lévy a décidé de voler au secours des clients de la prostitution (d’aucuns diront qu’il y a comme un lien).

Libération rapporte qu’elle a voulu ouvrir son magazine à ces 343 salauds pour je cite:

emmerder les féministes d’aujourd’hui  et défendre la cause des hommes et leur droit de jouir.


 

 

 

Dans ce manifeste, ces hommes se défendent d’être "les frustrés, pervers ou psychopathes décrits par les partisans d’une répression déguisée en combat féministe". Et ils réclament le droit d’aller aux putes sans être sanctionnés. On peut rappeler que le projet de loi ne prévoit pas d’émasculer les clients de prostitués mais de leur faire payer une contravention.

Et le manifeste se conclut sur un vibrant :

Tous ensemble, nous proclamons, touche pas à ma pute.


 

Il y a beaucoup de chose à dire sur le fond de cette tribune, mais le vrai problème de ce manifeste repose sur sa forme et ces références.

Les "343 salauds", c’est une référence évidente au manifeste des 343 salopes de 1971. C’était un texte écrit par Simone de Beauvoir et signé par 343 femmes qui défendaient la liberté d’avorter. Et là où les 343 salopes réclamaient le droit des femmes à disposer de leur corps, les 343 salauds réclament le droit à disposer du corps des femmes.

 

Ensuite, le "Touche pas à ma pute", est à l’évidence une référence au slogan de SOS racisme "Touche pas à mon pote" qui visait à défendre les minorités. Et faire des clients de prostitués, et de Nicolas Bedos ou Frédéric Beigbeider des minorités opprimées, c’est d’une indécence absolue. 

Il faut aussi dire que ce manifeste, ce n’est pas la seule insulte faites aux femmes et aux prostituées cette semaine. Dans la même veine, le supposé magazine féminin Causette vient de publier un article sur Les bonnes raisons de ne pas aller aux putes.  Et parmi ces bonnes raisons, on trouve ça:

 

Parce qu’une pipe à 10 euros c’est comme un parfum à 10 euros : ça pue;

Parce qu’il y a toujours moyen de se fabriquer une pute acceptable avec une pastèque trouée;

Parce que quitte à se taper une fille qui n’en a pas envie, autant la violer c’est moins cher (mollo, on rigole)


 

Eh bien, non, c’est pas rigolo du tout.

C’est même à pleurer.

Nadia Daam

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Crédits Photo d'illustration © Karen Kasmauski/Corbis

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