2020, les films ciné sortent directement sur le web

Mouv' Futur (2015-2016) Vendredi 20 février 2015

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2020, les films ciné sortent directement sur le web
Chaque soir, la rédaction de Mouv' vous emmène en 2020. Un futur proche, qui fait un peu flipper ou qui donne carrément envie de se projeter. Et s'il n'y avait plus de délai entre la sortie d'un film en salles et sa mise en ligne sur Internet ?

 

La réalité :

La chronologie actuelle de sortie d'un film en France est la suivante :

  • Jour J : sortie du film au cinéma
  • Jour J + 4 mois : apparition sur les services de VOD (sans abonnement)
  • Jour J + 10 mois : disparition sur les services de VOD (sans abonnement), première diffusion télé sur Canal+
  • Jour J + 36 mois : apparition sur les services de SVOD (par abonnement)

 

En 2013, Pierre Lescure, ancien patron de Canal+ et désormais président du Festival de Cannes, remettait un rapport au gouvernement, rapport dans lequel il suggérait un panel de méthodes pour sauvegarder l'exception culturelle française. Parmi ses propositions, il lançait un pavé dans la mare : et pourquoi ne pas assouplir la chronologie des médias ? Pourquoi ne pas réduire les délais entre les sorties des films en salles et leurs mises à disposition en SVOD (par abonnement) ?

Alors qu'il faut actuellement attendre trois ans pour retrouver La famille Bélier sur Netflix et CanalPlay, il propose de passer à un an et demi. La mesure n'a pas été retenue pour l'instant, mais l'arrivée de Netflix en France en fin d'année 2014 relance ce questionnement. Le piratage des serveurs de Sony l'ont montré, la plate-forme de VOD paye cher ses droits de diffusion en France : 162.000$ pour un seul épisode de Breaking Bad, 200.000€ pour un an d'exploitation de The Social Network. Elle pourrait légitimement réclamer des films un peu plus neufs.

 

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En juillet 2014, c'est le CNC qui sort du bois, s'intéressant plus spécifiquement à la VOD pure (sans abonnement). Ses pistes : maintenir un délai de quatre mois entre sortie en salle et mise en ligne, mais autoriser ces services à continuer la diffusion des films pendant que Canal+ se met à les diffuser. Préconisation dangereuse car elle risque de vêxer la chaîne cryptée, première source de financement du cinéma français, à moins de trouver une alternative. Justement : la ministre de la culture Fleur Pellerin envisage d'imposer aux géants du net une taxe sur l'utilisation de la bande passante.

 

La fiction :

En 2018, malgré la hausse des sanctions contre les pirates informatiques, le téléchargement illégal n'a pas baissé. Les plates-formes de SVOD (par abonnement) acceptent alors un deal avec le gouvernement : payer une importante taxe pour financer le cinéma français en échange du droit de diffuser les films en même temps que leur sortie en salles.

Mise en place en 2019, cette mesure a contraint l'immense majorité des cinémas indépendants à fermer, incapables de faire face à la concurrence d'internet. Seuls les grands groupes (UGC, Gaumont) se maintiennent à flot grâce à leurs salles richement équipées.

 

Benjamine Radwanski, la patronne du cinéma Le Bretagne, à Paris © Augustin Arrivé

 

Benjamine Radwanski, la patronne du Bretagne (deux salles dans le quartier Montparnasse, à Paris), conserve une petite clientèle de fidèles, mais les affaires vont mal et la nouvelle génération de cinéphiles grandit sans être habituée à se déplacer dans un cinéma.

Baptiste Coelho, directeur financier de Back Up Media, négocie toujours les droits des films avec les distributeurs cinéma et VOD, mais les équilibres ont changé : ces acteurs placent moins d'argent dans les droits ciné, et davantage dans les droits VOD. La diffusion sur Internet permet d'ailleurs souvent à de petits films de mieux trouver leur public, sur des plates-formes thématiques de plus en plus précises et fréquentées.

 

Reportage : Augustin Arrivé

Photo de couverture : Cc FlickR Leo Hidalgo

 

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